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L'URBANISATION DANS LES PAYS D'AFRIQUE SUBSAHARIENNE
Abuja, Nigeria, 20-21 octobre 1999
GCA/PF/02/10/2000
 

La plupart des pays africains connaissent depuis quelque temps un phénomène de migration de la campagne vers les villes qui va en samplifiant, avec de profondes incidences sur le plan politique, social, économique et de la sécurité. Pourtant, à maints égards, ce phénomène semble avoir pris la majorité des gouvernements africains au dépourvu. De ce fait, lon ne sest pas encore attaqué à nombre des problèmes causés par lurbanisation rapide, ni tiré pleinement parti de toutes les opportunités offertes par un cadre urbain fonctionnel.

Si rien nest fait, les problèmes auxquels sont confrontées les villes africaines dans leur expansion peuvent avoir de graves répercussions non seulement au niveau municipal, mais aussi au niveau national, voire international à certains points de vue. La pauvreté urbaine généralisée, le chômage élevé et la forte criminalité se combinent pour créer une instabilité politique qui peut facilement dégénérer en troubles internes. Des jeunes sans emploi et désabusés peuvent se laisser séduire par les discours populistes, ce qui pose problème même pour les gouvernements démocratiques. Les inefficacités dans la prestation des services municipaux nuisent à limage ¾ et à la confiance ¾ dont jouit lÉtat auprès du public, étant donné que cest au niveau local que la plupart des citoyens ont à traiter avec les autorités publiques. Des agglomérations urbaines dysfonctionnelles, mal gérées et insuffisamment desservies ne peuvent pas attirer des investissements ni créer des emplois. Loin dêtre le moteur de la croissance, ces villes deviennent une entrave au développement. Non résolus, les problèmes urbains peuvent également avoir des effets de ricochet, dans la mesure où les difficultés de vie poussent les habitants à émigrer vers des villes mieux gérées, relativement plus sûres et plus prospères, dans dautres pays. Le manque de perspectives sur place peut aussi encourager la migration, parfois illégale, vers les pays industrialisés.

Au contraire, les villes qui sont bien administrées, sûres et dotées dune base solide de compétences attirent les investissements de létranger et de lintérieur qui sont nécessaires à la croissance économique. Elles font utilement le lien avec léconomie internationale et permettent aux pays de tirer parti des opportunités offertes par la mondialisation. Par le passé, dans dautres régions du monde, lurbanisation a été lun des moteurs de linnovation et du progrès, en stimulant la croissance économique propice au développement. Ce nest pas encore le cas en Afrique, et les gouvernements africains se doivent de créer les conditions politiques et le cadre daction publique nécessaires pour que cela se produise également dans leurs pays.

Si les problèmes causés par lurbanisation rapide doivent être dans une grande mesure résolus par les villes elles-mêmes, lurbanisation doit néanmoins être également considérée dans le contexte général du développement national. La décentralisation, la promotion des villes de second rang, et le renforcement des liens entre la campagne et la ville peuvent aider à modérer le rythme de lurbanisation et à répartir davantage les habitats urbains sur le territoire. Dautre part, les politiques urbaines propres à améliorer la sécurité et la prestation des services, à réduire le chômage et à stimuler le développement économique permettront de donner aux population urbaines, en particulier aux pauvres, de meilleures conditions de vie. Pour y parvenir, il faut, à léchelon local aussi bien que central, des autorités qui sont comptables de leur gestion, réactives et responsables.

I. Tendances récentes de lurbanisation en Afrique subsaharienne

Cela fait de nombreux siècles que des centres urbains ont été établis dans diverses régions du monde et sont allés en évoluant, mais laccélération de lurbanisation est un phénomène relativement récent. À léchelle de la planète, le taux daccroissement des populations urbaines est environ de quatre fois supérieur au taux correspondant en milieu rural. À ce rythme, il est probable quen 2025, environ deux tiers des habitants de la planète vivront en milieu urbain. En chiffres absolus, le nombre de personnes vivant dans des centres urbains sera en 2025 le double de ce quil était en 1990.

Dans le monde en développement, lurbanisation augmente à un rythme relativement plus rapide dans les régions les moins avancées, notamment en Afrique subsaharienne. Cela dit, cest là un phénomène relativement nouveau. En 1950 encore, seulement 20 millions de personnes, soit 10 à 15 % de la population, vivaient en milieu urbain dans la région de lAfrique subsaharienne. Cette région était la moins urbanisée et, conformément aux tendances de lère coloniale, elle ne surbanisait que lentement. Après lindépendance, le rythme durbanisation sest accéléré. Depuis le début des années 70, lAfrique subsaharienne est, de toutes les régions, celle où lurbanisation augmente le plus rapidement, soit de 5 % en moyenne par an. De ce fait, le niveau durbanisation a fait un bond en avant pour atteindre aujourdhui presque 40 %. La population urbaine est ainsi passée à environ 250 millions de personnes, et à la cadence actuelle, on sattend à ce que la moitié des habitants de la région vive en milieu urbain dici 2010.

Comme on peut sy attendre, le degré durbanisation nest pas uniforme et présente de grandes variations dune sous-région africaine à lautre. Avec un tiers environ de la population vivant en milieu urbain, lAfrique de lEst et lAfrique de lOuest ont des degrés durbanisation comparables. Le rythme durbanisation est cependant beaucoup plus rapide en Afrique de lEst, qui a le taux daccroissement de la population urbaine le plus élevé et qui a vu son pourcentage de citadins augmenter de plus de six fois entre 1950 et 2000. LAfrique australe et lAfrique centrale sont les sous-régions les plus urbanisées, et la majorité de leurs habitants vivent en milieu urbain. Des deux, cest lAfrique australe qui est la plus urbanisée.

Le taux de croissance urbaine ne varie pas que dune sous-région à lautre. Il varie aussi dun pays à lautre. Avec environ 60 % des habitants vivant en milieu urbain, lAfrique du Sud a le niveau durbanisation le plus élevé de lAfrique subsaharienne, alors quà lautre extrême, les citadins représentent moins de 10 % de la population dans des pays comme le Burkina Faso, le Burundi et le Rwanda (voir annexe 1).

Situation actuelle de lurbanisation

Dans presque tous les pays africains, il y a eu une tendance croissante à la concentration des citadins dans quelques villes relativement grandes, et dans quelques cas, dans un seul grand centre urbain. En 1960, dans toute lAfrique subsaharienne, il ny avait quune seule agglomération de plus dun million dhabitants ¾ Johannesburg. Aujourdhui, on dénombre près de 20 centres urbains avec un million dhabitants ou plus, et dici 2010, leur nombre devrait être de 40 au moins. La plupart de ces villes sont des capitales, situées pour beaucoup sur la côte. Leur population totale est estimée à 120 millions dhabitants, ce qui veut dire que près de la moitié de la population urbaine de lAfrique subsaharienne vit dans ces grandes villes.

Il y a dans la région de nombreux exemples de pays dans lesquels une seule ville tient une place prépondérante. Au Mozambique, par exemple, Maputo accueille 83 % de la population urbaine, alors que les chiffres pour Dakar, Lomé, Kampala et Harare sont de 65, 60, 52 et 50 % respectivement. Le Nigéria est presque la seule exception. On y trouve des centres urbains répartis sur lensemble du territoire, et en 1995, le pays avait 14 villes dun million dhabitants ou plus. En même temps, cest au Nigéria que lon trouve les plus grandes agglomérations tentaculaires, notamment celle de Lagos, avec les multiples problèmes connexes de gouvernance, de sécurité, dinfrastructure et de fourniture de services. Lune des caractéristiques les plus préoccupantes des grandes villes dAfrique subsaharienne est le pourcentage important dhabitants qui vivent dans des bidonvilles et des zones dhabitat spontané, dans de très mauvaises conditions, comme cest le cas dans dautres pays en développement.

Par le passé, dans les pays industrialisés en particulier, lurbanisation accompagnait plus ou moins lindustrialisation et était donc étroitement associée à une croissance économique rapide et soutenue. Dans la plupart des pays dAfrique subsaharienne, lurbanisation rapide a lieu dans un contexte économique de croissance industrielle négligeable et de transformation. Qui plus est, laccélération récente du rythme durbanisation sest produite à une période de croissance économique plus ou moins stagnante, voire déclinante. On estime quentre 1970 et 1995, la population urbaine a augmenté denviron 5 % en Afrique, alors que le PIB par habitant a à peine progressé, quand il na pas légèrement diminué durant la même période. Le résultat peut être qualifié durbanisation sans croissance.

Les politiques passées ont créé des problèmes structurels plus fondamentaux. La forte migration vers les grands centres urbains, en particulier les capitales, de pair avec la concentration des grandes villes sur le littoral, a donné lieu à une répartition très inégale de la population et des villes dans un certain nombre de pays. Dans lidéal, les villes devraient entretenir avec leur arrière-pays un lien étroit, mutuellement bénéfique. Elles peuvent jouer un important rôle de catalyseur du développement des régions avoisinantes en étant des pôles de demande de produits agricoles. Elles peuvent, de leur côté, être des fournisseurs de produits manufacturés et des centres de transformation, de stockage, de commercialisation et dapprovisionnement en intrants pour les régions rurales qui les entourent. Cela est plus difficile à réaliser lorsque les villes sont éloignées des principales zones de production agricole.

Facteurs affectant lurbanisation

Conformément aux grandes tendances observées par le passé dans dautres régions du monde, la migration des campagnes vers les villes constitue la cause la plus importante de lessor de la population urbaine dans les pays dAfrique subsaharienne. Les migrants venus de la campagne comptent pour environ 60 % de la population urbaine, et même 75 % dans certains cas exceptionnels. Comme on la indiqué, une très grande partie de ces migrants sont allés directement vers la principale ville, qui est aussi dans beaucoup de cas la capitale du pays, plutôt que vers des villes provinciales de petite et moyenne importance. Ceci est particulièrement problématique dans les petits pays, où la prédominance de la capitale peut être écrasante.

Bien que lexode rural ait de multiples causes, il y en a deux qui ressortent particulièrement. Tout dabord, la pauvreté en milieu rural, due à la faible productivité de lagriculture et accentuée par la croissance démographique, a certainement été lun des plus puissants facteurs dexode vers les villes. Dans certains cas, la sécheresse prolongée ou dautres catastrophes naturelles ont exacerbé la pauvreté rurale et conduit à une migration massive des habitants. Ensuite, dans un grand nombre voire la totalité des pays dAfrique subsaharienne, les régions rurales sont relativement mal desservies en infrastructure physique, financière, sociale et économique. Il est apparent quelles sont négligées quand on considère les ressources insuffisantes qui leur sont allouées pour couvrir les dépenses de fonctionnement et dinvestissement concernant linfrastructure rurale, lagriculture, les écoles et les hôpitaux. Par ailleurs, les politiques publiques inadéquates, notamment le contrôle étatique des prix et de la vente des produits agricoles ont « poussé » les agriculteurs et leur famille vers les villes.

Si les centres urbains ne reçoivent pas assez de services de base par rapport à leurs besoins, linfrastructure et les services sociaux nen sont pas moins bien meilleurs quen zone rurale. Ainsi, au regard des privations qui poussent les habitants des régions rurales à partir, la concentration relative des services sociaux et des opportunités demploi dans les centres urbains, de pair avec le prestige de la ville, constitue un important facteur dattrait. Cet attrait est fortement influencé par les politiques publiques qui privilégient les villes. Dans les années qui ont suivi lindépendance, les habitants qui faisaient des études poussées étaient presque automatiquement recrutés dans la fonction publique, avec les importants avantages sociaux offerts aux fonctionnaires. La concentration des investissements publics et privés ¾ et partant des emplois ¾ dans les villes en a dautant plus renforcé lattrait. À cela sajoute, pour certains migrants, lavantage de lanonymat relatif des villes et le fait dêtre libérés de coutumes et de pratiques traditionnelles quils jugent oppressives.

Après lexode rural, le deuxième facteur qui contribue à lurbanisation rapide est laccroissement naturel de la population, dont le taux est élevé en Afrique, en milieu rural aussi bien quen milieu urbain. Cet accroissement rapide peut sexpliquer par la présence de nombreux migrants ruraux de première génération qui gardent en ville leurs habitudes et leurs coutumes rurales pour ce qui est de la taille de la famille. Par ailleurs, la disponibilité de structures sanitaires relativement meilleures dans les villes conduit à des taux de mortalité plus bas, et contribue ainsi à un taux daccroissement naturel de la population plus élevé.

Enfin, les conflits internes récurrents et persistants dans un nombre significatif de pays sont une cause de plus en plus importante daccroissement de la population urbaine en Afrique subsaharienne. Les populations rurales déplacées par les conflits affluent dans les grandes villes, comme cela sest produit à Maputo, Luanda, Kinshasa, Monrovia et Freetown. Linsécurité résultant de leffondrement de lordre public dans les zones rurales oblige les habitants à se porter vers les villes, où ils espèrent être plus en sécurité. Ces mouvements de population sont parfois soudains, et les migrants trouvent abri dans des hébergements improvisés extrêmement précaires. Même si cet état de choses est censé être au départ temporaire, beaucoup de gens finissent par vivre pendant de longues périodes dans ces conditions improvisées et incertaines.

II. Défis posés par les réalités urbaines actuelles

La rapidité avec laquelle les centres urbains se développent dans un contexte de croissance économique lente ou stagnante est en soi problématique. Dans la plupart des pays dAfrique subsaharienne, la situation est aggravée par un cadre politique peu propice et centralisé au niveau national. Les réalités urbaines daujourdhui posent des défis sur le plan de la gouvernance et sur le plan financier, à cause de la montée de la pauvreté et du chômage, et de la nécessité daméliorer la sécurité et les services.

Décentralisation insuffisante de lautorité politique et budgétaire

Dans la plupart des pays africains, le pouvoir politique et administratif est encore très centralisé au détriment des régions, des localités et des villes de grande ou petite taille. Dans leur grande majorité, les villes ne sont pas habilitées à faire de la planification à long terme, à prendre des décisions dinvestissement importantes où à entreprendre des réformes structurelles et institutionnelles sans le feu vert et laccord du gouvernement central. De toute façon, il est rare quelles aient suffisamment de pouvoirs budgétaires pour mobiliser les revenus nécessaires à des engagements à long terme. Par ailleurs, la plupart des villes manquent déjà de capacité administrative et technique pour remplir leurs fonctions ordinaires, sans parler de la capacité à entreprendre et à gérer des investissements à long terme et des restructurations. Dès lors, les politiques, les décisions et les mesures importantes qui affectent les villes sont contrôlées par les gouvernements centraux.

Dun autre côté, dans la mesure où lurbanisation rapide sest produite à une époque de croissance économique au mieux modeste, le gouvernement central na souvent pas été en mesure de financer les investissements et lentretien de linfrastructure urbaine qui sont nécessaires à une fourniture efficace et efficiente de services de base. Dautre part, dans un contexte de ressources publiques limitées, la capitale a souvent été favorisée par rapport aux autres centres urbains, ce qui a contribué à son tour à une urbanisation déséquilibrée.

La plupart des villes africaines nont pas les ressources financières suffisantes pour répondre aux besoins de leur population actuelle, et encore moins pour faire face à une demande accrue. De fait, le décalage entre les taux de croissance urbaine et les fonds à consacrer aux services et à linfrastructure de base constitue lun des aspects les plus problématiques de lurbanisation en Afrique. Dans la plupart des cas, il faut améliorer durgence la gestion des ressources existantes et augmenter les revenus publics. Comme elles doivent en permanence parer au plus pressé, les autorités municipales nont pas la marge de manoeuvre nécessaire pour cibler les ressources sur des besoins spécifiques, ou même maintenir les niveaux de services existants. Pour ce qui est du manque de fonds au niveau local, dans beaucoup de pays, le problème réside dans linsuffisance des transferts financiers du gouvernement central, le faible recouvrement de redevances dutilisation dans les installations publiques, et la fraude fiscale répandue parmi les particuliers et les sociétés. On estime que les ressources financières municipales ne représentent en moyenne que 1 % environ du produit brut dune grande ville.

Dans les années qui ont suivi lindépendance, certains pays se sont efforcés de définir les relations entre lÉtat, les villes, les autorités régionales et les autorités locales dans le cadre de la planification du développement national et régional. Dans la pratique, ces efforts ont été orientés vers la promotion et le renforcement du rôle prépondérant de lÉtat, et celui du gouvernement central en tant quinstrument de la puissance publique. Dans ce cadre de gouvernement centralisé, il nest pas surprenant que le développement urbain nait reçu que peu dattention et de financement. Dautre part, la centralisation excessive et la répartition inéquitable des ressources entre les régions ont conduit inévitablement à la concentration de la population dans quelques centres urbains, voire un seul, et partant à un développement déséquilibré.

Au cours des dernières années, de nombreux pays ont pris le chemin de la réforme politique et de la démocratisation, avec des degrés divers dengagement, de persistance et de succès. En partie sous leffet de cette évolution, des initiatives ont été prises pour décentraliser le pouvoir administratif et politique en direction des localités, y compris des municipalités des grandes villes. Dans la plupart des cas, toutefois, ces réformes politiques et administratives nont pas été accompagnées dune décentralisation des pouvoirs budgétaires qui aurait permis aux autorités locales et aux collectivités de mobiliser des revenus pour financer les investissements ou défrayer les coûts dexploitation de linfrastructure physique et des services sociaux. À cela est venu sajouter le manque de capacité administrative et technique, handicap qui, dans une grande mesure, na pas encore été surmonté.

La gestion des villes a également été affectée par le manque de transparence dans lélection ou la nomination des responsables « politiques », notamment des maires, à léchelon municipal. On a ainsi assisté à un nombre grandissant de cas de « copinage », de corruption et de manque de compétence et dexpérience. Ces carences sur le plan de la gouvernance et de la compétence ont contribué de façon importante à une gestion de moins en moins performante des villes, comme lattestent la dégradation de linfrastructure, linsuffisance des transports, la mauvaise qualité du logement, le chômage élevé, des taux inacceptables de criminalité et laccumulation des déchets solides et non solides. Dans ce contexte de corruption et de mauvaise gestion, le secteur privé nétait guère disposé à investir et à développer les activités économiques, de sorte que les villes nont pas pu jouer le rôle de moteur du développement national. En dautres termes, au lieu de contribuer à la solution de la crise économique en Afrique subsaharienne, les villes sont devenues un des éléments du problème.

Pauvreté urbaine, chômage et sous-emploi

Laccroissement de la population urbaine en Afrique sest poursuivi à un taux qui dépasse de loin les possibilités de procurer un travail rémunérateur à tous les chercheurs demploi. Trouver un emploi est difficile, en particulier pour les migrants ruraux sans qualification. De nombreux jeunes, ruraux et citadins, restent plusieurs années sans travail après avoir quitté lécole. Certains trouvent abri et ressources auprès de familles de parents, dont le chef a éventuellement un revenu régulier. Dautres essaient de survivre en allant rejoindre la masse des sous-employés qui travaillent souvent dans le secteur informel. Certains, de plus en plus nombreux, vont grossir les rangs des pauvres des villes. Beaucoup de personnes déplacées qui ont fui les zones de conflit finissent aussi dans cette catégorie.

La pauvreté urbaine présente de nombreuses facettes et de multiples causes. Ses principales caractéristiques sont le dénuement et lexclusion. Dans le cadre anonyme et impersonnel des villes, la pauvreté peut signifier le dénuement matériel aussi bien que le dénuement psychologique. Pour les pauvres de plus en plus nombreux qui vivent en milieu urbain, les abris de fortune dans des bidonvilles surpeuplés sans eau, sans égouts ou sans électricité, labsence de travail ou de revenu, linsécurité, lexclusion sociale et le manque de filets de protection sociale sont la norme. La pauvreté urbaine est aussi marquée par la faim, le mauvais état de santé en raison des déficiences nutritionnelles et du manque dhygiène, et laccès réduit aux services éducatifs et sanitaires. Survivre est devenu le principal souci des pauvres des villes. Parmi eux, les femmes et les enfants sont particulièrement vulnérables.

Avec la montée de la pauvreté urbaine durant ces dernières années, on a vu augmenter le nombre denfants des rues dans les villes africaines. Certains de ces enfants ont un foyer et une famille, mais mendient ou font de menus travaux pour survivre. Beaucoup sont des enfants abandonnés ou orphelins, qui nont dautre solution que de vivre dans la rue. Ces enfants mènent une existence extrêmement précaire. Nallant pas à lécole, ils ont peu de perspectives davenir ; ils sont terriblement exposés aux sévices et, pour beaucoup, la prostitution et la délinquance sont les seules stratégies de survie possibles. Dans certains pays, les enfants des rues sont une des séquelles des conflits armés. Les ex-enfants soldats, souvent aliénés, traumatisés par leur expérience et indifférents à la violence, constituent un redoutable défi pour les pays qui sefforcent de se relever après la guerre.

Même pour ceux qui ont un emploi, la vie citadine nest pas facile. En raison de la précarité de la plupart des économies dAfrique subsaharienne, le secteur formel moderne offre très peu demplois. Exception faite de lAfrique du Sud, la plupart des pays de la région nont pas réussi à établir un solide secteur industriel. De ce fait, il y a peu demplois dans le secteur moderne industriel/manufacturier et dans le secteur connexe des services, généralement concentrés dans les villes. Cest pourquoi le chômage et le sous-emploi généralisés font partie du paysage urbain dans tous les pays africains. On estime quau moins 25 % de la population active des villes africaines est sans emploi. Le taux de chômage urbain pourrait en réalité être bien plus élevé étant donné quune partie substantielle de la population active employée dans le secteur informel vit en fait dans un chômage déguisé.

Fait important, les jeunes (de 15 à 24 ans) représentent environ 35 % de la population, mais 70 % des chômeurs en milieu urbain. Sans emploi et par conséquent, avec peu ou pas de revenu, laccès aux services sociaux (structures sanitaires, formation et éducation), aux moyens de transport et à un logement convenable devient problématique ou presque impossible. Le mécontentement dû à cet état de choses est exploité par les agitateurs politiques, qui poussent les jeunes à lextrêmisme et entretiennent linstabilité politique dans les villes. Certains jeunes chômeurs risquent de tomber dans la prostitution, la délinquance juvénile, le trafic de drogues et dautres formes de criminalité.

Dans les décennies qui ont suivi lindépendance, les gouvernements de nombreux pays ont offert des emplois et des activités rémunératrices dans la fonction publique et dautres organismes du secteur public aux jeunes, de plus en plus nombreux, qui finissaient leurs études. Cependant, sous leffet du déclin économique qui a frappé ensuite la plupart des pays et à la suite des programmes de réforme économique des années 80 et 90, lemploi dans le secteur public a généralement stagné quand il na pas baissé. Dans un certain nombre de cas, il y a eu de fait une nette réduction des emplois dans le secteur public. Labsence de perspectives demploi dans dautres secteurs a poussé les employés mis à pied vers léconomie informelle.

En général, la plupart des migrants ruraux qui arrivent en ville nont pas les qualifications nécessaires pour travailler dans léconomie formelle moderne. Dès lors, le travail dans léconomie informelle ou parallèle est un moyen de survivre pour un grand nombre de citadins (voir encadré).

Léconomie informelle ou parallèle

Dans la plupart des villes dAfrique subsaharienne, léconomie formelle moderne ne fournit des emplois quà 10 % de la population active, même si elle produit plus des trois quarts de la valeur ajoutée urbaine. Léconomie informelle emploie en moyenne 60 % de la population active urbaine en Afrique subsaharienne, mais elle ne compte que pour le quart de la production urbaine. Dans des pays tels que le République démocratique du Congo, elle emploie jusquà 80 % de la population active. La productivité est faible dans léconomie informelle, et une très grande partie des citadins employés dans ce secteur vit en fait dans une situation de chômage déguisé. Léconomie informelle se caractérise également par la facilité dentrée, lutilisation des ressources autochtones, les entreprises individuelles ou familiales, les activités à petite échelle, les technologies à forte intensité de main-doeuvre, adaptées, le recours à des compétences acquises en dehors du système scolaire ou des programmes de formation, et les marchés non réglementés et non concurrentiels. Les entreprises du secteur informel opèrent en dehors du champ de la réglementation pour ce qui est de lautorisation détablissement et du paiement du salaire minimum (ou du respect des autres normes du travail) ; elles paient rarement des impôts, ne tiennent pas de comptabilité et ne sont pas prises en compte dans les statistiques officielles. Ces activités peuvent également présenter de grands désavantages, notamment en ce qui concerne laccès limité au crédit formel.

Les femmes participent activement à léconomie informelle. Des commerçantes des marchés de lAfrique de lOuest aux vendeuses de rue que lon trouve presque partout, les femmes sont très présentes dans léconomie urbaine informelle et jouent un rôle prépondérant dans certains sous-secteurs tels que la vente de nourriture dans la rue. Elles sont cependant handicapées par le manque daccès au crédit ou à dautres facilités qui leur permettraient de développer leurs activités. Dans certains cas, des femmes sans ressources qui ont peu de perspectives demploi, même dans le secteur informel, se tournent souvent vers le travail sexuel, ce qui est une stratégie de survie particulièrement risquée. Dans le secteur privé formel, bien que les femmes travaillant à leur propre compte soient bien représentées dans différents créneaux du commerce et des services, elles ne peuvent pas tirer parti des opportunités économiques à cause des obstacles financiers et juridiques. De façon générale, les femmes ont eu peu de possibilité daccéder à des postes de responsabilité dans les entreprises ou dans les institutions publiques.

La croissance et le développement de léconomie informelle ou parallèle font partie intégrante de lurbanisation dans les pays dAfrique subsaharienne. Daprès certaines estimations, dans cette région, léconomie informelle et les possibilités demploi dans léconomie informelle progressent de 7 % par an, alors que les emplois créés par léconomie formelle moderne naugmentent que de 2-3 % par an. Bien quelle soit considérée comme un précieux filet de sécurité pour les jeunes sans emploi et les fonctionnaires licenciés et comme un utile « amortisseur » des chocs économiques, léconomie informelle se caractérise par la faiblesse de la productivité, des revenus et de la valeur ajoutée.

En dépit du grand nombre de participants, léconomie informelle ne génère pas les niveaux de revenus, dinvestissements ou de rentrées fiscales nécessaires pour permettre à la plupart des villes de surmonter leurs problèmes. Compte tenu de la taille relative de leur économie informelle, beaucoup de villes risquent fort en fait dêtre prises dans le « piège artisanal » de la faible productivité et des bas revenus. Cela présente un dilemme pour les autorités municipales dans le traitement des acteurs du secteur informel. Tout en reconnaissant que les activités du secteur informel sont le seul moyen de subsistance pour beaucoup de pauvres dans les villes, les autorités locales sinquiètent souvent de la contribution de ces activités à dautres problèmes urbains. Leur réaction a consisté soit à ignorer dans une grande mesure les agents du secteur informel, soit à faire périodiquement campagne pour les empêcher de se livrer à leurs activités.

Montée de la criminalité et de linsécurité

Dans le monde entier, les villes sont aux prises avec des activités criminelles isolées ou bien organisées. Les villes africaines ne font pas exception. Assurer lordre public et la primauté du droit constitue lun des principaux défis de la gestion urbaine dans les pays africains. Dans nombre de cas, la criminalité et la violence ont un important effet dissuasif sur les investissements, alors que dans certaines villes, des quartiers entiers sont devenus littéralement ingouvernables. Cette situation est en partie la résultante des politiques passées. Bien que la sécurité soit lune des responsabilités fondamentales de lÉtat, elle na pas toujours reçu une attention suffisante de la part de la classe politique. Avant la démocratisation, la protection des citoyens nétait pas une priorité particulièrement élevée pour la majorité des gouvernements africains.

Au fil des ans, lincidence de la criminalité et le degré de violence ont rapidement augmenté dans un certain nombre de villes africaines, y compris les plus grandes métropoles. Nombre dentre elles sont en butte à des activités criminelles de toute sorte, de la petite délinquance au banditisme armé et au crime organisé. Le vol est lactivité criminelle la plus courante, mais certains gangs semblent être passés au trafic de drogues et au blanchiment dargent sale. Les crimes dits « de col blanc » sont également en augmentation dans les centres urbains. Les difficultés sociales et économiques, notamment le mécontentement découlant des bas revenus, des perspectives limitées de travail et du manque daccès aux facilités urbaines, ont contribué à la montée de la criminalité. Les activités criminelles sont facilitées par lanonymat des grandes villes, par des faiblesses institutionnelles telles que les bas salaires et la formation inadéquate des forces de police, et par des problèmes dinfrastructure de base, comme léclairage urbain. Les femmes, les personnes âgées et les faibles sont des cibles faciles pour toutes sortes de délinquants. Mais ces groupes vulnérables ne sont pas les seuls à pâtir de linsécurité dans les villes. Les entreprises, en particulier les petites et moyennes entreprises, en sont aussi victimes. En bref, linsécurité est répandue et ressentie par presque tous les citoyens.

Face à la montée des vols à main armée et à lincapacité de la police à les protéger, des particuliers aisés et de nombreuses entreprises font appel aux services de sociétés de surveillance privées. Dans certaines villes, les habitants sorganisent en groupes dauto-défense de quartier, voire en milices dans des cas extrêmes. Toutefois, ces milices et ces sociétés de surveillance privées font parfois elles-mêmes la loi, ce qui sape la primauté du droit et lautorité des institutions publiques, tant au niveau municipal quà léchelon national.

Il est important davoir conscience des effets néfastes de la criminalité et de linsécurité sur les nouveaux investissements et sur lexpansion des activités existantes. Le crime doit être impérativement combattu et la sécurité et lordre public rétablis si lon veut que les villes africaines soient à même dattirer de nouveaux investissements et de retenir les entreprises établies. Pour les municipalités, lun des défis les plus évidents est de rétablir et de maintenir lordre public et la primauté du droit.

Insuffisance de linfrastructure et des services sociaux

Pour tirer au mieux parti des avantages de la vie citadine et réduire au minimum les inconvénients de la promiscuité des habitats urbains, il faut assurer une fourniture adéquate et efficace de services essentiels. Dans laménagement urbain, il convient de veiller à séparer les quartiers résidentiels des quartiers industriels. Il faut également incorporer linfrastructure du transport, les communications et dautres services essentiels, tels que lélectricité et leau, et lélimination des eaux usées et autres déchets. Sur le plan social, les municipalités doivent se doter de structures pour les différents niveaux de services éducatifs et sanitaires. Alors que certains services (comme les télécommunications, leau et lélectricité) peuvent être assurés de façon plus efficace par des entreprises privées, les services sociaux en particulier devront continuer à relever des autorités publiques.

En théorie, à cause de la concentration des habitats urbains, la fourniture de ces services devrait être plus économique et plus facile. En réalité, à cause des restrictions financières et des contraintes de capacité, la plupart des villes africaines ont du mal à fournir des services de base à leurs habitants. La responsabilité de certains de ces services incombe en partie voire en totalité au gouvernement central. Dans tous les cas, il y a des problèmes dinadéquation, dinefficacité et de dégradation des services. Sagissant du transport, des communications et des autres services dintérêt collectif, lécart entre la demande et loffre se creuse. Les installations existantes sont mal entretenues, et les investissements en vue du développement des services sont limités par le manque de fonds. De ce fait, les encombrements causés par la circulation, linsuffisance des transports publics, la dégradation des routes, le caractère intermittent et peu fiable des services délectricité, de téléphone et dalimentation en eau sont plus la règle que lexception, même dans les beaux quartiers. Dans certaines villes, les pots-de-vin sont de rigueur si lon veut éviter une coupure arbitraire des services publics.

Le manque dinfrastructure constitue de façon générale lun des principaux obstacles à la croissance économique dans la plupart des pays dAfrique subsaharienne. Dans un monde où la technologie et le savoir tiennent une place de plus en plus grande, les entreprises africaines sont défavorisées du fait que, mis à part lAfrique du Sud, lAfrique subsaharienne est la région du monde qui a linfrastructure dinformation et de communication la moins développée. Dans les villes, la mauvaise qualité de linfrastructure nuit aussi bien à la performance économique du secteur privé quaux conditions de vie des habitants. Dans beaucoup de villes africaines, on trouve des ghettos tentaculaires où des centaines de milliers de personnes vivent dans des conditions épouvantables, sans égouts, sans électricité, sans eau et sans routes revêtues. De pair avec le manque dentretien, le fait que beaucoup dhabitants, qui nont pas lhabitude de la vie à la ville, continuent de vivre comme à la campagne a contribué à la dégradation de linfrastructure physique.

La situation nest guère différente pour ce qui est des services sociaux. Lexpansion rapide des habitats urbains a eu de nombreuses conséquences dans les domaine des services sociaux ¾ éducation, santé, aide aux pauvres et aux personnes âgées. Dans de nombreux pays, les gouvernements nont pas été en mesure de faire face à la demande accrue de services sociaux urbains. Cela tient fondamentalement à la disparité entre laccroissement de la population urbaine et la disponibilité des ressources publiques. Dans quelques pays, les conséquences de cette disparité ont été exacerbées par des politiques qui accordaient une faible priorité aux secteurs sociaux par rapport à dautres catégories de dépenses publiques, notamment la « sécurité nationale ». Dans la plupart des cas, on manquait de fonds pour de nouveaux investissements dans les écoles et les installations médicales. Les fonds alloués à lentretien et au fonctionnement des installations existantes étaient eux-aussi insuffisants. Les budgets de dépenses courantes ne couvraient guère que les salaires du personnel. Le résultat sest traduit par des classes surchargées, des matériels didactiques insuffisants, des enseignants mal préparés et mal payés, le manque de médicaments et dautres fournitures médicales. La qualité des services a continué de se dégrader.

Récemment, les gouvernements de nombreux pays dAfrique subsaharienne ont dû faire face à une nouvelle et lourde charge avec les conséquences sociales et économiques de lépidémie du sida. Les pays de lAfrique australe et de lAfrique centrale sont tout particulièrement confrontés aux ravages provoqués par les taux élevés dinfection au VIH/SIDA. Dans beaucoup de pays, les systèmes de soins de santé sont débordés dans la mesure où les malades du sida, de plus en plus nombreux, occupent presque tous les lits disponibles dans les hôpitaux urbains. De toute évidence, lépidémie du sida alourdit les dépenses de santé aux niveaux individuel, municipal et national, et absorbe des ressources qui auraient pu être consacrées à des investissements productifs. Le personnel de santé, les enseignants et les étudiants représentent un pourcentage significatif des personnes qui sont infectées et qui meurent en nombre croissant. Dans dautres cas, ces éléments qualifiés de la population doivent prendre de longs congés ou renoncer à leur travail pour soigner des parents infectés.

Limpact du sida dépasse le cadre des secteurs sociaux. Non seulement le sida tue, réduit lespérance de vie, fait des orphelins et sape les mécanismes traditionnels de protection sociale, mais en plus il fait baisser la productivité et les revenus, ce qui affecte la performance économique densemble. En outre, cette maladie augmente le nombre de personnes à charge par rapport aux travailleurs, doù une diminution de lépargne et une aggravation de lécart entre lépargne et linvestissement.

III. La voie future ¾ vers des villes en bon état

Lampleur presque écrasante des problèmes auxquels sont confrontées les grandes métropoles du continent africain tend à masquer le fait que lurbanisation, bien gérée, offre aussi des opportunités et même des avantages considérables. La migration des campagnes vers les villes peut atténuer les pressions démographiques sur les régions rurales, en permettant déviter la fragmentation des exploitations et en donnant aux agriculteurs et aux pouvoirs publics la possibilité de prendre des mesures pour augmenter la production agricole par habitant et la productivité.

Dans les zones urbaines elles-mêmes, les économies déchelle liées à lagglomération favorisent les investissements dans la capacité de production. La concentration des habitants constitue un tremplin important pour lindustrialisation et la diversification économique, indispensables à la croissance et au développement. La proximité des logements urbains permet de fournir des services sociaux tels que la santé et léducation à un moindre coût par bénéficiaire. De même, lagglomération urbaine fait que laccès des habitants à linfrastructure de base, comme les routes, les logements, lélectricité, leau et lassainissement, peut être fourni de façon beaucoup plus économique. À terme, lurbanisation peut favoriser lémergence dune classe moyenne avec un plus grand pouvoir dachat, ce qui changera les modes de consommation, créera une demande de biens de consommation et stimulera lactivité du secteur privé.

Lafflux de gens venant de régions et de milieux différents vers une capitale provinciale ou nationale peut avoir en général un effet positif sur le processus dintégration nationale, et renforcer en particulier lharmonie et lentente inter-régionale et inter-ethnique. Dans un cadre urbain, il est aussi plus facile pour les individus, les communautés et les groupes de la société civile de participer activement à la vie politique. Le pluralisme et la gestion participative des affaires publiques, et à terme, linstitutionnalisation dune prestation de services adaptée à la demande des habitants, tout cela peut être cultivé dans le cadre des structures politiques et administratives urbaines. Linnovation politique est elle aussi facilitée par lurbanisation. Dans la plupart des pays africains, le mouvement en faveur de la démocratisation est venu en grande partie des zones urbaines, et cest dans les villes que la compétition politique est la plus forte.

Pour la plupart des pays africains, le défi consiste à résoudre les problèmes actuels, tout en mettant en place un cadre de politiques publiques qui permettra aux villes de devenir des centres plus performants de croissance et de progrès. Il faut rendre les villes gouvernables, vivables et économiquement viables. Celle nouvelle vision passe par des politiques publiques plus dynamiques et intégrées et par une plus grande innovation de la part des autorités nationales et locales. Lurbanisation doit également être considérée dans le contexte de la politique générale de développement, de façon à comprendre et mettre à profit le rôle des villes dans le développement national, et à exploiter les synergies entre la campagne et la ville. Les options varieront naturellement dun pays à lautre et dune ville à lautre, en fonction de la situation sur place. Cela étant, dans tous les cas, le développement durable des villes exige un cadre national de stabilité politique et macroéconomique, de respect des droits de la personne, et de régime démocratique.

Laction de lÉtat ne peut pas à elle seule résoudre tous les problèmes de lurbanisation. Cependant, seul lÉtat peut mettre en place le cadre de politiques publiques nécessaire pour faciliter lengagement civique et la participation du secteur privé. Alors que les problèmes du moment constituent sans doute la priorité pour la plupart des autorités nationales et municipales, il faut aussi des stratégies à long terme pour tirer parti des aspects positifs de lurbanisation. Autrement, les autorités urbaines seront constamment en train dessayer, probablement sans succès, de faire face à des besoins qui évoluent sans cesse. À court terme, les solutions doivent être ciblées sur des problèmes et des circonstances urbaines spécifiques, avec la participation et la mobilisation des collectivités. À long terme, les acquis doivent non seulement être maintenus mais aussi développés. Une planification rationnelle, la réactivité aux nouvelles circonstances, et la rapidité dintervention en vue dexploiter les avantages comparatifs, tout cela peut aider les autorités municipales à tirer parti des opportunités offertes par lurbanisation.

Autonomie et capacités municipales

Pour que les villes accompagnent et appuient le développement national, il faut veiller à leur gestion et à leur aménagement. Nombre des problèmes auxquels les centres urbains sont actuellement confrontés sont le fruit dune mauvaise gouvernance, due en partie à des options politiques et économiques inappropriées prises à léchelon national, mais aussi aux carences et à linefficacité de la gestion à léchelon municipal lui-même. Avec la démocratisation, les organisations de la société civile et les citoyens des villes exigent de plus en plus une gestion des affaires publiques responsable et une meilleure fourniture de services. La légitimité accordée aux autorités publiques sera en grande partie déterminée par leur volonté et leur capacité de répondre à ces demandes. De façon générale, il faut, au niveau des villes individuelles, améliorer la gestion comme cela a été fait au niveau national dans de nombreux pays africains. La responsabilisation, la transparence, la primauté du droit, laccès équitable aux ressources et la participation à la prise de décisions sont des composantes fondamentales dune bonne gouvernance au niveau aussi bien des villes que des pays.

Décentralisation et participation

Avec la démocratisation de la société et la (ré)introduction du multipartisme dans la plupart des pays dAfrique subsaharienne, lélargissement de la base politique de la puissance publique, jusquici concentrée dans la capitale, semble inévitable. Dès lors, les aspirations à la délégation de pouvoirs aux régions et aux villes sont appelées à saccroître. Il en va de même de la demande dune plus grande participation des autorités locales et des réseaux communautaires à la planification, au financement, à lexécution et au suivi des activités et des services jusquici décidés et assurés par les institutions publiques nationales. À mesure que les organisations locales se développent et gagnent en expérience, elles seront mieux à même dexprimer les aspirations de leurs mandants et de demander aux autorités des comptes sur la satisfaction de ces aspirations.

La décentralisation représente lun des moyens les plus prometteurs de relever les défis de lurbanisation rapide, et cest la voie qui est de plus en plus choisie par les pays africains. Il sagit, toutefois, dun processus extrêmement complexe qui exige une exécution et une gestion rigoureuses. Cest aussi un processus très coûteux à court terme. La vraie décentralisation est bien plus que la déconcentration ou la délégation de certaines fonctions de lÉtat. Pour être efficace, elle doit inclure la décentralisation du pouvoir réel et sétendre aux fonctions de mobilisation et dallocation des ressources financières. Il faut réfléchir au degré de décentralisation aussi bien quà la méthode à suivre. La seule décentralisation de lautorité en direction de léchelon le plus bas possible ne suffit pas toujours pour améliorer la prestation des services, rendre les gouvernants plus comptables de leur gestion et accroître la participation locale. Dautre part, la décentralisation nest pas nécessairement une arme contre la corruption : en labsence de mécanismes de contrôle ou de mesures propices à la responsabilisation, on risque dassister à une décentralisation de la corruption et des carences de gestion en même temps que des fonctions administratives.

Le succès de la décentralisation dépend de la cohérence des politiques nationales et locales, ainsi que du partage des responsabilités entre le gouvernement et la société civile. Il dépend aussi de la capacité technique des autorités locales et municipales à sacquitter de leurs fonctions. La bonne gouvernance ne sera guère favorisée par la superposition déchelons administratifs sans pouvoir politique, sans ressources financières et sans personnel adéquat. Les responsabilités politiques et les engagements des différents niveaux de gouvernement doivent être clairement définis, et les arrangements financiers arrêtés dun commun accord entre les autorités centrales et locales. En même temps, les grandes métropoles aussi bien que les centres urbains de moindre importance doivent se doter des ressources humaines et de la capacité institutionnelle nécessaires pour faire face efficacement à lévolution et à laugmentation des demandes.

À court terme, le personnel existant peut être perfectionné au moyen de la formation. Des améliorations durables à long terme seront facilitées en prenant des mesures pour punir la corruption et récompenser lintégrité professionnelle et la compétence administrative, en offrant une formation et un perfectionnement appropriés, et en basant le recrutement et les promotions sur le mérite. Toujours à long terme, il faut trouver des moyens novateurs dattirer des individus prometteurs et doués, y compris des candidats locaux. En Suvrant à rendre les petites villes et les bourgs ruraux plus attrayants, grâce à lamélioration des facilités offertes sur le plan social et des loisirs, à de meilleurs services et à une infrastructure plus développée, on pourrait non seulement attirer du personnel compétent dans les administrations locales, mais aussi encourager la création de nouvelles entreprises et lexpansion des entreprises existantes.

À long terme, grâce à la décentralisation, on peut ralentir lexpansion des capitales et des grands centres urbains et redistribuer la population urbaine, du fait que lémergence de villes de petite et moyenne taille en est facilitée. Ceci peut être favorisé par des politiques propres à encourager le développement des villes de second rang. Daprès les données existantes, il semble avoir une nette corrélation entre les États centralisés et la concentration de la population urbaine dans une seule grande métropole, généralement la capitale, tandis que les États décentralisés ont souvent un certain nombre de centres ruraux ou de petites villes.

En principe, la décentralisation facilite la participation des collectivités au développement. Cela est particulièrement important pour les villes, dont la gouvernabilité et la viabilité dépendent de lengagement civique. Lélection des responsables locaux et municipaux est sans doute le moyen le plus démocratique daccroître la participation des citoyens et de responsabiliser les autorités. Cela dit, cest un dilemme permanent pour de nombreuses villes que de déterminer comment elles peuvent mobiliser les parties prenantes et assurer une représentation équitable des collectivités aux structures de prise de décisions. Pour les habitants les plus pauvres et les moins instruits, il est souvent difficile de sorganiser de façon efficace ou dexprimer leurs préoccupations, alors que les organisations non gouvernementales peuvent être utilisées pour défendre les vues de quelques-uns, aux dépens de la majorité. Il faut sassurer que les structures de gestion associant les pouvoirs publics et les collectivités rendent compte de leur action auprès des collectivités quelles sont censées desservir ; il faut également sassurer que les décisions sont prises de façon ouverte et transparente, et que linformation circule. Il est particulièrement important dinclure et de faire participer les femmes, dont les demandes doivent être relayées de manière adéquate. Dans les centres urbains du monde entier, en dépit de la difficulté initiale à mettre en place des structures viables, la participation accrue des populations locales a permis de mobiliser le soutien aux politiques adoptées et den assurer la bonne exécution.

Financement et gestion financière des villes

Pour que le développement des villes repose sur un financement efficace et durable, il faut augmenter sensiblement les ressources locales et aborder dune nouvelle façon le financement urbain. Le problème ne se pose pas seulement dans les villes africaines. Partout dans le monde, les autorités municipales se sont rendu compte que les villes doivent être plus productives, mieux gérées et plus compétitives pour pouvoir compter sur des financements durables. En Afrique aussi, lamélioration de la gestion financière sera la clé à long terme de villes vivables et productives. Même si, dans quelques cas, lon peut sattendre à une augmentation des dotations du gouvernement central, il reste que la plupart des villes devront assumer la responsabilité de leur propre financement. Pour ce faire, elles devront devenir plus économiques et plus efficaces et développer leur base de revenus. Les économies résultant de la rationalisation de ladministration publique peuvent être utilisées pour la fourniture de services, tandis quune planification plus énergique permet de mieux utiliser les ressources et de trouver de nouveaux moyens de financer les services à long terme.

À court terme, lutilisation plus efficace des ressources humaines et des fonds publics pourrait conduire à une augmentation des revenus. Mais à long terme, la mobilisation et la collecte des revenus doivent absolument être améliorées dans nombre de villes. Linefficacité administrative et la corruption entraînent un lourd manque à gagner. Combattre efficacement la corruption et fournir des services fiables, voilà deux préalables importants pour convaincre les habitants des villes de contribuer au financement local en payant des impôts et des redevances. Certaines autorités municipales sont parvenues à mobiliser des recettes par le biais des redevances dutilisation, même dans des localités relativement pauvres, en améliorant les services et en instituant des mécanismes de paiement réalistes.

Les villes se rendent compte de plus en plus quelles doivent également élargir leur base de revenu. Les grands centres urbains devront améliorer leur capacité dendettement et leur accès au crédit et être en mesure, à long terme, de faire des émissions obligataires sur le marché des capitaux, comme cest déjà le cas pour certains. Dautres devront déterminer en quoi réside leur avantage comparatif et comment ils peuvent lexploiter. Par exemple, le développement du tourisme est la solution retenue dans certains cas, bien que cela demande une planification à long terme et des investissements publics pour améliorer la sécurité, renforcer linfrastructure ou donner des incitations aux entreprises privées.

Les mesures propres à encourager le développement dun secteur daffaires plus prospère contribueront également à élargir la base des revenus. Certaines autorités municipales se sont rendu compte quen imposant lourdement un petit nombre de sociétés, elles ne maximisaient pas nécessairement leurs revenus ; en fait, le risque est dencourager la fraude fiscale ou dautres activités illégales. Ces villes ont réussi à augmenter leurs revenus en élargissant la base fiscale, en révisant la structure des impôts et en veillant à une collecte plus efficace des impôts. En offrant des opportunités dinvestissement plus attrayantes dans le cadre dune saine politique nationale, on pourrait aussi arrêter et inverser la fuite des capitaux, un fléau dont pâtissent de nombreux pays africains.

Création demplois et développement du secteur privé

Les taux élevés de chômage et le manque dopportunités économiques ont créé un problème social qui risque dêtre explosif dans un grand nombre de villes africaines, surtout au vu du pourcentage important de jeunes se trouvant dans cette situation. Cest pourquoi la croissance économique et la création demplois sont devenues des impératifs du développement dans les zones urbaines de lensemble du continent. Ceci passe par une expansion notoire du secteur privé formel, qui reste sous-développé dans la plupart des pays africains, et par lencouragement et la facilitation de linvestissement privé, qui doit atteindre des niveaux beaucoup plus élevés quaujourdhui. À long terme, il nest pas possible pour les pays dêtre compétitifs sur le plan international en sappuyant sur une économie en grande partie informelle.

Dans ces conditions, les gouvernements se doivent de créer un environnement propice à lentreprise privée et à linvestissement privé. Les politiques nationales et locales peuvent jouer un rôle important à cet égard. Les entreprises peuvent être difficilement concurrentielles si les coûts du transport sont élevés, si la corruption et linefficacité administrative entraînent des retards et alourdissent les coûts, et si les services manquent de fiabilité. Pour sa part, le secteur privé doit constamment gagner en efficacité et en productivité pour être compétitif sur le plan international. Les politiques publiques peuvent aider au développement du secteur privé dans les zones urbaines non seulement au moyen dinterventions ciblées, mais aussi à travers des mesures qui permettent déliminer les goulets détranglement, de rationaliser les procédures et de protéger les droits de propriété. Ce qui est encore peu clair, cest à quel point les entreprises privées des villes africaines doivent fonctionner en autarcie pour lélectricité, les communications, le transport et la sécurité, tous services qui devraient être fournis par les collectivités locales, mais qui ne le sont souvent pas.

Compte tenu du problème prédominant du chômage dans la plupart des villes, lencouragement aux investissements à forte intensité de main-doeuvre devrait être un volet important des politiques publiques. Cest au gouvernement central quil revient de promulguer la législation nécessaire pour promouvoir les investissements. Diverses incitations, sous forme notamment davantages fiscaux, pourraient être instituées pour encourager ladoption de techniques de production à forte intensité de main-doeuvre. Les collectivités locales peuvent contribuer à créer un cadre propice aux activités du secteur privé en fournissant une infrastructure physique opérationnelle, en accordant un traitement favorable aux investissements à forte intensité de main-doeuvre (par exemple, des tarifs spéciaux pour les services publics), et en créant des espaces de dialogue et de consultation entre le secteur public et le secteur privé. En outre, le développement des villes de second rang et des localités rurales grâce à une meilleure planification spatiale crée des opportunités demplois urbains.

Lun des grands défis de lurbanisation, cest de gérer le passage progressif de léconomie informelle à léconomie formelle et dencourager la création de petites et moyennes entreprises. Les autorités peuvent aider à la création et au développement de petites et moyennes entreprises dans le secteur formel en facilitant laccès de ces entreprises à la technologie, aux matières premières, aux débouchés extérieurs et notamment aux banques commerciales et aux autres sources de crédit. Il faut une pluralité doptions, en particulier en ce qui concerne lintermédiation financière. Par exemple, les programmes ciblés de microcrédit ont fait la preuve de leur utilité pour les catégories de la population qui ne sont pas desservies par les institutions financières traditionnelles. Dans la plupart des cas, il faudra veiller spécialement à ce que les femmes entrepreneurs bénéficient des mesures adoptées et aient accès aux services, à la formation et au crédit.

Dans de nombreux pays, on ne sait rien de lemplacement et de la variété des entreprises du secteur informel. Cest là un inconvénient car il nest pas possible, dans ces conditions, de formuler une politique valable. Par exemple, on ne peut pas élaborer une politique pour renforcer les liens entre les secteurs formel et informel si lon ne connaît pas lemplacement et les principales activités des entreprises informelles. De même, il ne peut pas y avoir de formation efficace pour renforcer la capacité des entrepreneurs du secteur informel si lon na pas une certaine idée de lendroit où ils se trouvent et de lactivité quils mènent.

Il ne faut pas sous-estimer les difficultés du passage au secteur formel, surtout lorsque léconomie informelle occupe actuellement une place importante. Le processus de passage au secteur formel comprend deux aspects distincts mais reliés lun à lautre, à savoir lobtention dun statut légal et le maintien de ce statut. Cela inclut généralement les démarches initiales dimmatriculation, les procédures de domiciliation, lapplication des normes de santé et de sécurité, lenregistrement auprès du fisc et le respect de la réglementation du travail. Limmatriculation de lentreprise est laspect le plus critique. Le niveau élevé des droits dimmatriculation et la lourdeur des procédures sont des facteurs dissuasifs pour de nombreuses entreprises du secteur informel. Il faut encourager ces entreprises à senregistrer auprès des autorités en diminuant les droits à acquitter et en décentralisant les bureaux dimmatriculation afin que lentrepreneur nait pas à sortir de la juridiction locale pour ces formalités.

Pour de nombreuses entreprises informelles, leurs produits nont que des débouchés très limités, ce qui est un frein à linnovation et à la productivité. Il faut, par conséquent, encourager les politiques qui visent à renforcer les liens entre léconomie informelle et léconomie formelle. Pour élargir les débouchés, lon peut notamment encourager les liens de sous-traitance entre les entreprises informelles et formelles, ce qui incitera les premières à rejoindre le secteur formel. On peut offrir dautres avantages, comme laccès au crédit et aux conseils techniques et professionnels fournis par les entreprises du secteur formel. La formalisation des activités peut conduire les entreprises du secteur informel à payer des impôts et dautres droits, ce qui permettra à la ville daugmenter ses revenus et daméliorer les services publics.

Sécurité publique

Le rythme de lurbanisation a très souvent dépassé la capacité des autorités à assurer lordre public. Récemment, linsécurité a augmenté avec le chômage élevé et le manque dopportunités économiques et, pour certains pauvres des villes, les activités illégales ont été le seul moyen de survivre. En même temps, les quartiers pauvres, doù les forces de lordre sont souvent absentes, sont des terrains privilégiés de recrutement pour les gangs de malfaiteurs. Les nouvelles formes dactivité criminelle ont aggravé la situation dans certains pays où le crime organisé et transnational constitue une nouvelle menace que les autorités nont souvent pas les moyens de combattre.

La plupart des autorités municipales mettent leur incapacité à assurer la sécurité publique sur le compte du manque de ressources financières. Pourtant, il est de toute évidence urgent dagir. Si la sécurité ne saméliore pas, il sera difficile aux villes darrêter la spirale du déclin et dattirer les investissements dont elles ont besoin pour se redresser. Lun des importants défis à relever par les autorités nationales et municipales consiste à rétablir la confiance du public à légard des forces de lordre, ce qui signifie que les actions des pouvoirs publics doivent avoir un effet perceptible. En même temps, lordre public doit être maintenu de façon équitable. La sécurité ne peut pas être assurée pour certaines couches de la population et refusée à dautres sans risque dexacerber les tensions sociales. De même, certains groupes de la population ne doivent pas être la cible des autorités pour cause de non-respect de la loi alors que dautres groupes jouissent de limpunité.

Le développement des sociétés privées de surveillance dans les villes est le reflet du manque de sécurité publique. Ces sociétés privées peuvent utilement renforcer laction de la police, mais elles ne devraient pas la supplanter. Autrement, la sécurité sera réservée à ceux qui en ont les moyens, et les pauvres deviendront encore plus vulnérables. Des mesures doivent être prises dans la plupart des villes pour améliorer la qualité et la couverture des services de sécurité publique ; elles pourraient être utilement appuyées par les partenaires du développement de lAfrique. Les forces de police sont souvent sous-financées, manquent de personnel et ont une formation insuffisante. À long terme, la création de forces de police et de services de sécurité professionnels sera essentielle pour améliorer la situation. Des mesures positives sous forme dincitations salariales, de meilleures conditions de travail, de pair avec la formation et une gestion efficace, pourraient contribuer à améliorer la performance et la motivation.

Alors que, dans la plupart des cas, lamélioration de la sécurité passera par une augmentation des investissements dans les services de sécurité, une collaboration plus poussée entre la société civile et les autorités locales peut aider à remédier au problème et à promouvoir le respect de la loi. Lexpérience a aussi montré que la réhabilitation des bidonvilles et des autres zones dhabitat spontané, en fournissant des services et en permettant aux occupants daccéder à la propriété, peut améliorer à terme la sécurité, ainsi que le bien-être social et économique des habitants. À long terme, le moyen le plus efficace daugmenter la sécurité publique est de réduire le chômage et de créer des opportunités économiques.

Lamélioration de la sécurité dépend également à long terme dun meilleur fonctionnement des systèmes juridiques et dun meilleur accès à la justice, surtout pour les pauvres des villes. La lutte contre la corruption dans la police et dans le système judiciaire devrait faire partie dune stratégie globale de lutte contre la corruption appuyée par les plus hautes autorités politiques. Bien que les autorités municipales soient les principales responsables de la sécurité urbaine, elles ne peuvent pas faire face seules à toute la gamme dactivités criminelles que lon trouve de plus en plus dans les villes africaines. Pour combattre la contrebande de drogues et le trafic darmes ainsi que le crime transnational et organisé, il faudra des solutions nationales, voire régionales ou internationales dans certains cas. La coopération au niveau des sous-régions, léchange dinformations et la coordination de la lutte contre le crime organisé et transnational sont des pistes à suivre dans la recherche de solutions.

Améliorer les équipements urbains

Le manque de travail ou de revenu explique sans doute en partie lexclusion de nombreux pauvres des équipements urbains tels que les dispensaires, les écoles et les logements publics. En principe, tous devraient avoir accès à ces services sociaux de base. Pourtant, la fourniture de services sociaux, même à ceux qui ont les moyens de payer, est gravement entravée par linsuffisance des équipements publics, le mauvais entretien et linefficacité des dispositifs institutionnels. Le transport, lénergie, les communications et lapprovisionnement en eau sont dautres services municipaux qui laissent souvent à désirer. Les usagers mécontents rechignent à verser les redevances dutilisation et estiment avoir de bonnes raisons de ne pas payer les droits et les taxes municipales auxquels ils sont assujettis. Il y a peu de chances que le secteur privé investisse ou développe ses opérations dans de telles conditions. La base fiscale sen trouve amoindrie, de sorte que les autorités au niveau tant central que local nont pas les revenus nécessaires pour entretenir ou améliorer les équipements existants. Comme il y a peu de chances que les revenus augmentent à court terme, les autorités devront sattacher à améliorer les politiques publiques, la gestion et lutilisation des ressources existantes.

Beaucoup de pauvres des villes sont forcés de vivre dans des zones dhabitat spontané, généralement situées à la périphérie, faute de pouvoir se payer dautres logements. Comme loccupation de ces zones est souvent illégale, la réaction officielle a souvent consisté à détruire les habitations ou à obliger les occupants à sen aller. Même lorsque loccupation des zones est autorisée, les autorités municipales ne fournissent généralement pas de services. Cela dit, dans plusieurs cas, il y a eu de radicales améliorations à la suite dune révision des politiques publiques. La fourniture de services de base a permis daméliorer les conditions de vie dans des bidonvilles, au point même que des redevances dutilisation ont été prélevées auprès des habitants. Des réformes visant à autoriser la propriété privée et à protéger les droits de propriété ont eu un effet tout aussi important, en stimulant dans certains cas la création de petites entreprises privées. Dans certaines villes, les autorités ont réussi à fournir des logements abordables par le biais de la formule « site et services », qui permet aux occupants daméliorer leur lieu dhabitation au fur et à mesure quils en ont les moyens.

À long terme, le niveau des services et linfrastructure sont des facteurs importants si lon veut que les villes soient prospères et en même temps vivables. Les autorités municipales disent souvent manquer de ressources pour améliorer linfrastructure. Cela étant la mauvaise planification et le manque dinnovation sont aussi parfois en cause. Labsence de planification à long terme, à léchelle de la ville tout entière, donne souvent lieu à des interventions éparpillées et ponctuelles, ainsi quà des disparités considérables dans la fourniture des services. En revanche, une stratégie de développement à long terme peut aider les autorités municipales à assurer de façon économique une couverture de services suffisante, en tirant parti des économies déchelle et des réseaux existants. Cela peut aussi aider à trouver un équilibre entre les considérations environnementales et les besoins des populations urbaines. La dégradation environnementale dans les grandes métropoles est en grande partie le fruit de labsence de planification ou du non-respect des normes officielles.

Pour faire reculer la pauvreté urbaine, il est important de veiller à améliorer laccès aux services de base dans toute lagglomération. Dans beaucoup de cas, cela nest pas possible en raison du cadre institutionnel en place qui conduit les différentes structures administratives à se disputer les ressources existantes, souvent au détriment des quartiers pauvres. Le dialogue entre les autorités municipales et les communautés, de pair avec le suivi des prestations et les informations en retour, a permis daméliorer linfrastructure et les services dans certaines villes, dans la mesure où les besoins ont été mieux définis, la participation des citoyens encouragée et la corruption réduite. Dans le monde entier, les partenariats secteur public-secteur privé sont devenus des modèles de plus en plus utilisés pour les équipements urbains. À condition dêtre bien conçues et bien gérées, ces opérations ont été généralement des réussites. Dautre part, dans de nombreuses villes, certaines fonctions telles que lenlèvement des ordures ont été sous-traitées à des exploitants privés, ce qui a permis daméliorer les services et de stimuler lentreprise privée.

Renforcer les liens entre la campagne et la ville

Pour tirer au maximum parti des aspects positifs de lurbanisation et réduire au minimum ses aspects négatifs, il faut une planification stratégique et une gestion au niveau municipal. Mais cela dépend également de la cohérence des politiques nationales et de la promotion des synergies entre les zones urbaines et les zones rurales, dans un cadre global de développement. Des stratégies sont à définir pour favoriser le développement des petites localités et des villes de second rang, à lappui de la décentralisation. Le rythme de lurbanisation ne ralentira pas nécessairement pour autant, mais la répartition spatiale des populations urbaines changera, avec un allégement des pressions auxquelles sont soumises les capitales et les grandes agglomérations et peut-être une réduction des niveaux de pauvreté urbaine.

Les villes de second rang offrent davantage de possibilités pour ce qui est de renforcer les liens entre la campagne et la ville, dinciter les jeunes gens doués à rester dans leur région dorigine, et -- plus important encore --dendiguer la migration des zones rurales vers les zones urbaines. Les villes provinciales ou secondaires sont idéalement placées pour stimuler et améliorer la productivité et la valeur ajoutée agricoles en servant de marché, de centre de stockage et de centre de transformation ; ce sont aussi des lieux où lon peut se procurer des technologies agricoles améliorées et des intrants agricoles de base, ainsi que des biens de consommation. Du fait de leur proximité, elles offrent des opportunités viables demplois non agricoles et demplois pendant la saison creuse. Les ménages agricoles et les autres ruraux peuvent ainsi avoir facilement accès à dautres services essentiels (écoles et centres de santé, transports et communication, notamment) ainsi quaux banques et aux institutions de crédit, qui peuvent être tous situés --et sont généralement situés --dans les villes secondaires. Les gouvernements devraient encourager ce processus et aider les villes en question à se développer et à être viables.

Bien que chaque situation soit un cas à part, lexpérience récente dans la plupart des pays dAfrique subsaharienne fait penser que le développement économique des zones rurales dépend dans une grande mesure de la diversité des liens entre la campagne et la ville et du degré dexploitation de ces liens. Les zones urbaines ont pour leur part gagné à recevoir des flux soutenus et diversifiés de migrants, déchanges commerciaux et de ressources. En revanche, les régions sans réseaux dinfrastructures adéquats ou sans relation avec les centres urbains continuent dêtre isolées et donc tenues à lécart de léconomie moderne nationale. Dans la plupart des pays africains, la base pour le renforcement des liens entre la campagne et la ville existe déjà. Au niveau des ménages, il y a souvent beaucoup déchanges entre la ville et la campagne au sein dune même famille. De nombreux citadins ont des maisons, des terres et des troupeaux à la campagne, tandis que largent envoyé par les parents installés en ville constitue un important filet de sécurité pour les ménages ruraux. En adoptant des politiques qui mettent à profit ces liens, on pourrait améliorer la situation économique en milieu rural, tout en stimulant le développement des petites et moyennes entreprises dans les bourgs ruraux et les petites villes.

Lamélioration des réseaux de transport et de communication contribuerait à renforcer les liens entre la campagne et la ville, tandis que le développement des petites localités et des villes secondaires offrirait des débouchés accessibles aux produits agricoles et serait donc bénéfique aux économies rurales. En même temps, pour combattre la pauvreté rurale, il est indispensable de prendre des mesures pour améliorer la productivité agricole et stimuler les emplois en dehors de lagriculture. Ce dernier aspect est particulièrement important. Si lon veut endiguer lexode rural et améliorer le bien-être des populations rurales, il faut une structure demplois plus diversifiée. Des politiques visant à régler les problèmes doccupation des sols et de régime foncier ainsi quà améliorer laccès aux marchés, au crédit et aux intrants agricoles y contribueraient.

Conclusion

Il est clair, que pour les gouvernements africains, lun des défis les plus pressants sur le plan de la gestion des affaires publiques réside dans la solution à trouver aux problèmes politiques, sociaux et économiques posés par lurbanisation rapide. La pauvreté urbaine et les difficultés de la vie urbaine ont créé une situation potentiellement explosive qui pourrait conduire, si rien nest fait, à des troubles internes et à linstabilité politique. Les gens viennent sinstaller en ville en quête dun avenir meilleur. Il est de la responsabilité des gouvernements de créer le cadre de politiques publiques qui leur permettra dy parvenir. Il est vrai que les défis sont redoutables, mais la démocratisation et lamélioration des moyens de communication donnent aujourdhui aux pays africains la possibilité de les relever au moyen dune collaboration plus étroite entre les gouvernements et la société civile.

Lurbanisation crée également des opportunités pour le développement national, du point de vue politique aussi bien quéconomique. La participation aux structures communautaires ou aux instances locales élues peut être un tremplin vers la participation à la vie politique nationale. En même temps, le mode participatif de gouvernance permet de sensibiliser le public aux questions politiques et dinstitutionnaliser la culture démocratique. En présence dun climat politique propice, on peut mettre à profit les potentialités économiques quoffre lurbanisation. En Afrique comme ailleurs, des villes dynamiques, florissantes peuvent être la base du progrès et de la prospérité nationale. En tirant les leçons de lexpérience des autres régions ainsi que de leur propre expérience, les pays africains peuvent déterminer ce quil convient de faire pour que lurbanisation soit la pierre angulaire du développement au XXIe siècle.

Annex I Urbanization Trends 1960-2000

Annex Urbanization Trends

Country
Urban population
(as % of total)

Urban population
annual growth rate (%)

 
1960
1991
2000a
1960-1991
1991-2000a
Angola
10
28
36
5.9
5.4
Benin
9
38
45
7.4
5
Botswana
2
28
42
13.5
7.9
Burkina Faso
5
9
12
4.6
6.3
Burundi
2
6
7
5.5
6.1
Cameroon
14
41
51
6.5
5.7
Cape Verde
16
29
36
4.1
5.6
Central Afr Rep.
23
47
55
4.8
4.6
Chad
7
30
39
7.1
5.4
Congo, Dem Rep
22
40
46
4.8
5
Congo, Rep of
32
41
47
3.6
4.9
Côte d'Ivoire
19
40
47
6.5
5.5
Djibouti
50
81
84
7.3
3.5
Equatorial Guinea
25
29
33
1.5
4
Ethiopia
6
13
17
4.8
5.8
Gabon
17
46
54
6.3
4.9
Gambia, The
13
23
30
5.2
5.3
Ghana
23
33
38
3.9
4.6
Guinea
10
26
33
5.3
5.8
Guinea-Bissau
14
20
25
3.2
4.7
Kenya
7
24
32
7.7
7
Lesotho
3
20
28
8.6
6.3
Liberia
19
46
57
6.2
5.5
Madagascar
11
24
31
5.6
6
Malawi
4
12
16
6.5
6.5
Mali
11
19
23
4.4
5.2
Mauritania
6
47
59
9.8
5.3
Mauritius
33
41
42
2.3
1.3
Mozambique
4
27
41
9.5
7.2
Namibia
15
28
34
4.8
5.4
Niger
6
20
27
7.4
6.7
Nigeria
14
35
43
6.3
5.4
Rwanda
2
8
11
7.4
7.6
Senegal
32
38
45
3.5
4.4
Sierra Leone
13
32
40
5.2
5.1
Somalia
17
36
44
5.8
4.7
South Africa
47
58
66
3.2
3.2
Sudan
10
22
27
5.4
4.8
Swaziland
4
33
45
10.5
6.7
Tanzania, U. Rep
5
33
47
10.3
7.5
Togo
10
26
33
6.2
6
Uganda
5
10
14
6.1
6.6
Zambia
17
50
59
7.1
5.5
Zimbabwe
13
28
35
5.9
5.4
All developing countries
22
37
45
4
4
Sub-Saharan Africa
15
31
38
5.2
5.3

Source: Carole Rakodi (ed.), The urban challenge in Africa: growth and management of its large cities. (1997), pp. 68-69

a) Projections. These estimates are based on reported growth rates and do not include the impact of unrest, wars etc, on the pace of urbanization in individual countries.

Data not available for Eritrea, or the island states of Comoros, Sao Tomé and Principe, and Seychelles

Annexe II
Portraits de quatre grandes villes

Les profils dAbidjan, de Johannesburg, de Lagos et de Nairobi qui sont présentés ci-dessous ne prétendent pas être des portraits détaillés ni rendre compte de toutes les complexités de ces villes, mais visent plutôt à mettre en évidence certains de leurs points saillants.

ABIDJAN

Bien que lurbanisation soit un phénomène très récent en Côte dIvoire, le pays a connu une rapide croissance urbaine, à un rythme annuel moyen de 8,1 % pendant la période 1965-1975 et de 5,4 % pendant la période 1975-1988. Aujourdhui, plus de 40 % de la population (de 15 millions dhabitants) vit en milieu urbain. Abidjan est de loin la plus grande ville du pays. On estime quelle a presque atteint le chiffre de 3 millions dhabitants en 2000, ce qui représente 45 % de la population urbaine du pays. Laccroissement de la population urbaine est imputable à près de 60 % à la migration des campagnes vers les villes. À cela sajoute une migration en provenance des pays voisins.

La place prépondérante dAbidjan peut sexpliquer par la concentration des activités économiques dans cette ville, Non seulement ladministration coloniale française était centralisée, mais elle concentrait lessentiel de ses efforts sur la capitale et les villes portuaires en vue de faciliter les exportations et les importations. Abidjan est le siège denviron 72 % de lindustrie manufacturière nationale, de 60 % des emplois du secteur secondaire et de 75 % des emplois du secteur tertiaire. Cest aussi le principal port dimportation et dexportation non seulement pour la Côte dIvoire, mais aussi pour des pays voisins sans littoral. Ce nest que dans les années 80 quune politique sérieuse de décentralisation a été engagée avec la création déchelons dadministration inférieurs et la décision de déplacer la capitale dAbidjan à Yamoussoukro, même si peu de choses ont été transférées jusquici dans cette dernière ville.

Linfrastructure dAbidjan est considérée comme lune des meilleures de lAfrique de lOuest, même si elle sest dégradée dernièrement. La ville est dotée dun réseau routier relativement développé, dun système de transports publics performant et dun aéroport moderne. Cependant, les autres équipements, comme les logements ou les installations dégouts et dassainissement, nont pas suivi le rythme dexpansion de la ville. Par ailleurs, Abidjan est en butte aux mêmes problèmes de chômage, déconomie informelle importante, de criminalité en hausse, entre autres, que les autres villes dAfrique subsaharienne. En outre, en raison de sa situation géographique, la ville est confrontée à de nombreux problèmes au plan de la santé.

JOHANNESBURG

LAfrique du Sud est le pays le plus urbanisé de lAfrique subsaharienne. Plus de 60 % de la population (de 42 millions dhabitants) vivent dans des habitats urbains. Johannesburg, la plus grande ville du pays, a été créée au moment de lexploitation des mines dor, qui a commencé en 1886. Le grand Johannesburg compte aujourdhui 8 millions dhabitants, ce qui en fait lune des plus grandes métropoles de lAfrique subsaharienne. Elle a accueilli et accueille encore des flux importants de migrants venant des régions avoisinantes, notamment dautres pays de la SADC. On estime quun million de ses habitants sont des immigrés en situation régulière provenant dautres pays africains et dEurope, et quun autre million se compose dimmigrés clandestins.

Johannesburg est le plus grand centre industriel, minier et commercial de lAfrique. Elle est aussi devenue la première place financière du continent. Si lon ajoute à cela une infrastructure physique et technologique digne dun pays industrialisé et une main-doeuvre très instruite et qualifiée, Johannesburg pourrait être promise à un brillant avenir. La ville est cependant en proie à de redoutables problèmes qui sont pour beaucoup la résultante des politiques suivies à lépoque de lapartheid. Dénormes disparités de revenus et de profondes divisions économiques et sociales basées sur la race persistent. La ville doit entretenir linfrastructure existante, concentrée dans les quartiers « blancs », tout en investissant pour améliorer linfrastructure dans les quartiers « noirs » jusquici défavorisés. Le taux de chômage est estimé à plus de 30 %, tandis que le taux de croissance économique est de moins de 1 % par an.

La sécurité et lordre public figurent parmi les premières priorités de la région métropolitaine. La montée du chômage et les grandes disparités sociales ont conduit à des taux de criminalité extrêmement élevés, ce qui a découragé les investissements et amené les sociétés à quitter le centre-ville pour simplanter dans les faubourgs plus aisés et relativement plus sûrs. En même temps, à cause de lafflux continu de migrants, les zones résidentielles sont surpeuplées et les bidonvilles et les zones dhabitat spontané se sont étendus.

En vue de mettre un terme à la dégradation de la situation, Johannesburg a adopté récemment un Cadre de développement stratégique qui vise à faire de la métropole la porte dentrée de lAfrique. Certaines zones de lagglomération ont été identifiées pour être des pôles dindustrialisation en tirant parti de linfrastructure existante. Le plan vise également la démocratisation de la ville en encourageant la participation de la population locale, en particulier à leffort damélioration des équipements publics, et en mobilisant les groupements de quartier pour le maintien de lordre dans le centre-ville. Lobjectif est en partie dinciter les gens, tous niveaux de revenus confondus, à revenir habiter dans le centre-ville en rénovant les logements et dautres équipements communautaires.

Johannesburg a été lune des premières villes à utiliser le Fonds dinvestissement pour linfrastructure municipale qui a été créé par le gouvernement sud-africain pour aider les collectivités locales à conclure des partenariats avec le secteur privé en vue de la fourniture de services. La ville a étudié diverses options, de la privatisation des avoirs autres que les avoirs de base à la sous-traitance des installations à des sociétés privées. Des partenariats entre secteur public et secteur privé sont en voie de réalisation dans divers domaines. Lune des principales préoccupations est quil ny ait pas de perte demplois à la suite de la privatisation.

3. LAGOS

En 1991, le Nigéria avait 340 villes de 20 000 habitants ou plus, ce qui était en partie le résultat des politiques de décentralisation suivies. Daprès les estimations, le pays comptait environ 14 villes dun million dhabitants ou plus en 1995. Contrairement aux tendances de lurbanisation dans de nombreux autres pays de lAfrique subsaharienne, les villes sont réparties sur lensemble du territoire.

Lagos, qui est de loin la plus grande ville du Nigéria et aussi la plus grande ville dAfrique, a une population estimée à près de 13 millions dhabitants (en 2000). En 1950, elle comptait moins de 300 000 habitants. Cette rapide expansion est en grande partie due à larrivée de migrants (les chiffres varient entre 60 et 75 % selon les estimations). Lagos est la capitale commerciale et industrielle du Nigéria. Elle a une situation géographique spéciale : lagglomération métropolitaine comprend un ensemble dîles, de criques et un lagon, ce qui veut dire quelle ne peut sétendre que vers le nord.

Le développement désordonné de cette ville fragmentée a eu des effets négatifs sur le plan des transports, des communications, des logements, de leau, de lassainissement et de lénergie. Alors que la plupart des emplois sont concentrés dans la frange sud de Lagos, la plupart des quartiers résidentiels se trouvent au nord de la ville. Jusquà tout récemment, ces deux pôles nétaient reliés que par deux grandes routes, ce qui donnait lieu à dénormes encombrements de circulation. On espérait que le transfert de la capitale politique de Lagos à Abuja réduirait les problèmes de congestion, mais cela na pas été le cas.

Le taux de migration vers Lagos et laccroissement de la population de la ville au cours des 40 dernières années ont dépassé de loin les capacités dabsorption. Le sérieux problème de chômage et de sous-emploi qui en a résulté a été aggravé par les carences de gestion, la corruption et des politiques économiques mal avisées. La plupart des chômeurs ont trouvé refuge dans léconomie informelle qui fournit, daprès les estimations, de 50 à 75 % des emplois de Lagos. La pauvreté, le chômage et les grandes disparités de revenus ont fait monter la criminalité et linsécurité.

Lagos est très mal lotie du point de vue de linfrastructure, et la situation est aggravée par le décalage entre laccroissement de la population et les maigres ressources de la ville. Lalimentation en courant électrique est très irrégulière. Environ la moitié de la ville na pas accès à leau salubre. Il ny a pas de réseau dégouts. Chaque maison a sa propre fosse septique, et beaucoup de particuliers et de sociétés ont leur propre approvisionnement en eau (par forage de puits ou autres) et en électricité (par génératrice). À cause du manque dinfrastructure, les emplois et les investissements quittent la ville. Lagos souffre également dune grave crise du logement. Il y une sérieuse pénurie de logements, qui sont très coûteux. De ce fait, le nombre des personnes sans abri est élevé et continue daugmenter.

Il ny a pas de gouvernement à léchelle de la ville tout entière. La métropole compte actuellement 18 gouvernements locaux ; cest là une situation chaotique qui ajoute à la difficulté et au coût de services tels que le transport, lélimination des déchets, léducation et la santé. Le financement est par ailleurs très problématique. Les collectivités locales génèrent fort peu de revenus et sont très tributaires des allocations mensuelles du gouvernement central. Leur principale source de revenus réside dans les taxes immobilières et les taxes dhabitation, qui ne peuvent toutefois pas être levées ou perçues dans la mesure où aucune dentre elles ne disposent de cadastre ni de registre des terres ou des constructions en bonne et due forme. La réforme de ladministration locale est une première condition préalable à la solution de ces problèmes.

Pour résoudre les nombreux problèmes dinfrastructure et de prestation de services, Lagos a besoin dun gouvernement municipal à léchelon de la ville. Seule une administration couvrant la ville tout entière peut maîtriser le développement local et gérer efficacement la renaissance de la métropole, laménagement urbain et lentretien routier. Cela exige toutefois des mesures législatives fondamentales (quoique complexes) à léchelon national.

4. NAIROBI

Le Kenya a lun des taux durbanisation les plus rapides de lAfrique de lEst. Pourtant, son niveau durbanisation nest que de 33 % environ, ce qui veut dire que 10 millions dhabitants sur une population de 30 millions vivent en milieu urbain. Lurbanisation après lindépendance a conduit à la multiplication de (petites) villes de second rang, contrairement à ce qui sest passé dans beaucoup dautres pays dAfrique subsaharienne.

Nairobi, qui avait seulement 100 000 habitants en 1948 et 275 000 habitants en 1963, est vite passée à près de 3 millions dhabitants en 2000. Elle accueille environ 35 % de la population urbaine du pays. Son rapide développement est en grande partie dû à lexode rural : environ 74 % de ses habitants sont des migrants venus de la campagne. La ville est le siège de plus de la moitié de la capacité industrielle du pays, et elle est le principal centre de léconomie moderne du point de vue du produit brut, des emplois, de linfrastructure sociale et physique et des institutions.

Laccès à linfrastructure est toutefois limité. Par exemple, guère plus de 61 % des habitants a accès à leau salubre. Ce qui est peut-être plus problématique, cest léloignement des lieux de travail, situés pour la plupart dans le centre géographique de la ville ou au sud-est, par rapport aux quartiers résidentiels, situés essentiellement dans les faubourgs. Cest une cause des problèmes de circulation ; cela veut dire aussi que les travailleurs du secteur informel doivent consacrer une grande partie de leur revenu aux transports plutôt quaux biens et aux services. À Nairobi, léconomie informelle fournit environ 75 % des emplois. Le niveau de violence et dinsécurité dans la ville se compare à celui de Johannesburg.

Bien que la décentralisation ait été mise en oeuvre depuis relativement longtemps au Kenya, ce nest quà lindépendance, en 1963, que le statut de conseil municipal a été accordé à Nairobi. Les interventions du gouvernement central et la précaire base de ressources ont toutefois limité lefficacité de ladministration municipale à tel point quelle est de facto incapable dintervenir pour améliorer les commodités de la ville ou linfrastructure, ou pour maintenir un environnement urbain propre et sain. Pour inverser cette tendance, il faudra un gouvernement municipal fort et démocratique, qui se fait respecter de tous et qui est en mesure de mobiliser des ressources pour rendre la ville vivable.

 

 
 
   
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