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LE SECTEUR PRIVÉ: CLÉ DU DÉVELOPPMENT EN AFRIQUE
CMA/PM/02/10/2001

Introduction

Depuis leffondrement du régime socialiste dans lex-Union soviétique et les pays dEurope de lEst, et les changements intervenus dans dautres pays, la plus grande partie des activités économiques à travers le monde sont le fait du secteur privé. Dans tous les pays, la croissance économique et le développement des récentes années sont pour lessentiel à mettre à lactif du secteur privé. Il ny aucune raison de penser quil devrait en être autrement pour lAfrique et pourtant, jusquà présent, le secteur privé demeure relativement sous-développée dans la plupart des pays africains.

Individuellement et collectivement, ces états africains mettent au point des plans inspirés par la vision dune croissance accélérée et de réduction de la pauvreté. Cette vision est partagée par les partenaires de lAfrique dans le développement. Mais, pour arriver à faire reculer durablement la pauvreté, il faut un niveau bien plus élevé de croissance économique, largement répartie, que celle que le continent a connue jusquà présent. Sil est indéniable quune action gouvernementale et une assistance extérieure sont indispensables, seule une activité soutenue du secteur privé permettra aux pays africains datteindre le niveau voulu de croissance. Le secteur privé ne saurait toutefois être une panacée qui permettrait à lAfrique de surmonter toutes ses difficultés. Mais, si les conditions voulues sont réunies et si le soutien nécessaire lui est apporté, le secteur privé peut produire la richesse quil faut pour stimuler la croissance, générer les recettes fiscales qui permettront daméliorer les services publics et créer des emplois pour permettre aux pauvres de sortir de lornière. Pour les pauvres et les sans-emploi, laccès à un emploi rémunéré est le plus sûr moyen déchapper à la pauvreté et à la misère. En même temps, laccroissement des recettes fiscales résultant de lexpansion des activités du secteur privé permettra à lÉtat de financer lamélioration des services sociaux.

Le secteur privé est aussi le principal atout dont dispose lAfrique pour sintégrer à léconomie mondiale. Cela est dautant plus important que laide publique au développement fournie au continent a sensiblement diminué depuis le niveau record atteint au milieu des années 90, et que le modèle économique dominé par lintervention de lÉtat nest plus considéré comme une alternative possible. Pour que lAfrique puisse éviter de se marginaliser davantage encore, il faut un nouveau paradigme du développement. La Nouvelle initiative africaine, adoptée en juillet 2001, donne corps à cette approche. Entre autres, elle prévoit aussi de confier un rôle important au secteur privé et souligne la contribution substantielle quil peut apporter. Les responsables du G-8 ont depuis souscrit aux principes exposés dans lInitiative.

Peut-être pour la première fois depuis lindépendance, le secteur privé a une réelle possibilité de contribuer valablement au développement du continent africain. Le contexte international et le contexte global de laction des pouvoirs publics dans plusieurs pays sont aujourdhui bien plus favorables à lentreprise que dans le passé. Une nouvelle génération dacteurs privés qui comprennent lenvironnement mondial et la nécessité de la compétitivité est née, et les partenaires de lAfrique prennent de plus en plus conscience quun véritable partenariat avec le continent doit être fondé non seulement sur laide au développement, mais aussi sur la promotion des échanges et de linvestissement. La prospérité et les progrès futurs de lAfrique, et sa place dans un monde de plus en plus exigeant, dépendront de la mesure dans laquelle les gouvernements africains, le secteur privé lui-même et les partenaires extérieurs pourront Suvrer de concert pour surmonter les obstacles qui brident le secteur privé et soutenir sa croissance.

I. Potentiel économique et possibilités dinvestissements

Dans beaucoup de pays africains, diverses contraintes limitent apparemment le champ des activités viables des entreprises et les possibilités de croissance économique soutenue. Mais un examen plus attentif montre quil existe non seulement des possibilités dinvestissement très importantes, mais aussi un grand potentiel de diversification et dexpansion des entreprises existantes. Comme le soulignait à juste titre la Nouvelle initiative africaine, le secteur privé peut être le principal agent dutilisation et de valorisation des ressources naturelles et humaines de lAfrique.

Possibilités actuelles et nouveaux créneaux

Les riches gisements miniers du continent étant relativement peu exploités, le secteur minier offre de nombreuses possibilités pour linvestissement privé étranger et local. Mais, comme la plupart des entreprises privées locales manquent des ressources techniques et financières nécessaires pour lexploitation minière et pétrolière, les gouvernements africains et les opérateurs privés doivent trouver des moyens novateurs pour attirer les partenaires étrangers. Étant donné la place quoccupe globalement le secteur agricole dans les économies africaines, lagriculture et les activités connexes offrent des opportunités relativement faciles à saisir. Non seulement, il existe une demande locale et régionale pour la production et la fourniture dintrants modernes pour le secteur, mais les activités de transformation des produits agricoles génératrices de valeur ajoutée offrent un énorme potentiel. Il est également possible de développer les exportations de produits agricoles traditionnels et non traditionnels dans la mesure où les normes de qualité, de conditionnement et de livraison peuvent être appliquées.

Quelle soit basée ou non sur la transformation plus poussée des produits primaires, la production industrielle pour les marchés intérieurs est la principale voie daccès à la croissance et à la diversification. Au fil du temps, les industries qui servent ces marchés peuvent étendre leurs activités en produisant pour lexportation. Les textiles et la chaussure, points dentrée habituels sur les marchés dexportation de produits manufacturés à valeur ajoutée, devraient devenir des secteurs dactivité plus intéressants puisque certains partenaires extérieurs de lAfrique ont récemment pris des mesures concrètes pour lever tous les obstacles à limportation des textiles et des vêtements en provenance dAfrique. Le commerce, et en particulier lexportation/limportation, est une activité traditionnelle des entreprises, et il existe dans ce secteur damples possibilités de modernisation et damélioration de lefficacité et de la compétitivité. Pour les entreprises qui travaillent pour lexportation en particulier, les possibilités dexpansion sont très importantes, tant sur le marché régional que sur le marché mondial, les exportations vers les pays voisins leur permettant daffûter et daméliorer leur compétitivité pour affronter le marché mondial plus vaste et plus exigeant.

Les ressources naturelles de lAfrique et son héritage culturel et historique sont des atouts qui pourraient constituer la base dune industrie touristique dynamique tirée par le secteur privé. Les possibilités de croissance du tourisme sont importantes, et il demande relativement moins dinvestissements et de qualifications que dautres secteurs dactivité, mais il est essentiel doffrir des services compétitifs, notamment en matière dinfrastructure, de logement et de restauration, des voyagistes efficaces et un bon environnement sur les plans de la sécurité et de la santé. Les activités touristiques offrent un autre avantage en ce quelles permettent aussi de développer des activités connexes telles que lartisanat, les services financiers et les transports, qui représentent autant de possibilités pour les petites et moyennes entreprises.

Le potentiel dexpansion du secteur bancaire et financier à des fins de mobilisation de lépargne et de financement du développement peut aussi être exploité avec profit. Parmi les autres services, des possibilités intéressantes apparaissent en relation avec la révolution de la technologie de linformation. Dans ce domaine, on peut citer la fourniture par des entreprises basées en Afrique de services de comptabilité, de saisie des données et de services « post-marché », voire déléments de conception architecturale et dingénierie pour des entreprises basées dans dautres pays. Il est facile de fournir ces services contractuels via internet. Lavantage comparatif des entreprises basées en Afrique tient essentiellement aux faibles coûts de la main-dSuvre, à condition que la base de main-dSuvre qualifiée soit constituée.

Linsuffisance des réseaux dinfrastructure est certes une contrainte majeure pour le secteur privé, mais cest aussi une source à exploiter. Si le secteur public a toujours occupé une position dominante dans la fourniture de linfrastructure, on reconnaît maintenant que la participation accrue du secteur privé est une solution plus efficace pour financer linvestissement et améliorer lefficacité de lexploitation des équipements. Les télécommunications en particulier laissent une part de plus en plus grande aux entreprises privées, en particulier sous forme dappropriation pure et simple des équipements ou de contrats de gestion.

Situation actuelle du secteur privé

La mesure dans laquelle le potentiel de développement des activités du secteur privé peut être exploité dépend en grande partie du secteur privé lui-même. À lexception notable de lAfrique du Sud, le secteur moderne privé est relativement sous-développé, situation imputable pour une large part aux politiques passées des gouvernements. Dans la plupart des pays, une proportion importante des grandes entreprises de plus dune centaine demployés est encore soit des entreprises publiques soit des multinationales, bien que la privatisation change progressivement les choses. Les entreprises moyennes de cinquante à cent salariés sont plus souvent le produit dune initiative privée locale, qui a souvent débuté par une petite entreprise ou une microentreprise. Exception faite des industries minières et dautres industries extractives, qui sont souvent gérées comme des entités enclavées, les firmes importantes sont le plus souvent basées dans les grandes zones urbaines, où les installations et les services sont relativement plus satisfaisants.

En dehors de lagriculture traditionnelle, le secteur privé des pays africains est pour lessentiel constitué de petites entreprises employant tout au plus une cinquantaine de salariés, et de microentreprises qui comptent en général moins de cinq employés. Ce sont habituellement des entités familiales ou unipersonnelles qui assurent un emploi aux propriétaires eux-mêmes, aux apprentis et à dautres membres de la famille. Elles sont engagées dans des activités très diverses et, comme les barrières à lentrée et à la sortie du marché sont généralement faibles, elles représentent une filière importante pour des entrepreneurs appartenant à tous les groupes sociaux, et en particulier pour les femmes, les pauvres et les groupes minoritaires. Les petites entreprises et les microentreprises se caractérisent souvent par la flexibilité de leur organisation et on les trouve à la fois dans les zones urbaines et les régions rurales. Elles offrent un potentiel très important pour le développement économique puisquelles servent entre autres choses de terrain dessai en permettant aux chefs dentreprises de se former à la gestion, elles complètent loffre des grandes entreprises en se positionnant sur des créneaux particuliers, elles font fonction dincubateurs pour la mise au point de nouveaux produits et elles travaillent comme sous-traitants.

Dans de nombreux pays dAfrique, le secteur informel connaît une expansion bien plus importante que le secteur formel, et on estime que cest une source très importante de richesse, bien que celle-ci échappe à toute comptabilisation. Cette expansion tient en partie à la pléthore de règles et de règlements qui brident la croissance du secteur organisé. Léconomie informelle englobe toute une gamme dactivités variées, en particulier le petit commerce, la transformation simple des matières premières, la fourniture informelle de financements et le commerce transfrontalier. Les activités informelles offrent aussi une solution de repli pour ceux qui ne peuvent trouver un emploi dans le secteur organisé. Beaucoup de microentreprises et de petites entreprises opèrent dans le secteur informel et il semble que certaines firmes plus importantes conduisent des activités informelles pour se soustraire aux impôts et aux réglementations. Il arrive aussi que lÉtat lui-même, léconomie et la société dans son ensemble glissent de plus en plus dans linformel.

Le développement des microentreprises offre la possibilité de passer du secteur informel au secteur organisé. Il conviendrait toutefois dencourager ces entreprises à fonctionner dès le départ comme des entités commerciales. Trop souvent, on les considère comme des entreprises quasi charitables plutôt que comme de véritables entreprises. Dans tous les pays du monde, les petites et moyennes entreprises (PME) jouent un rôle important en termes de création demplois et comme point dentrée dans les activités du secteur privé. Mais, malgré leur importance numérique, leur développement est souvent négligé. Certes toutes les PME ne peuvent devenir des entreprises plus importantes, et ce ne serait pas souhaitable non plus, mais la chose est faisable pour certaines dentre elles à condition que leur développement sappuie sur des stratégies de gestion et de commercialisation rationnelles et des méthodes appropriées en matière de gestion financière, de comptabilité et daudit.

En se développant, le secteur privé va sans doute se diversifier et revêtir des facettes multiples, pour servir aussi bien le marché intérieur que le marché régional et le marché international. Le potentiel commercial existe, encore faut-il lexploiter. À tous les niveaux, le secteur privé devra sattacher à améliorer la qualité de ses produits, accroître sa productivité et renforcer sa compétitivité. Il lui faudra aussi faire preuve de créativité pour exploiter les nouvelles technologies et tirer parti des possibilités quelles offrent. Si lon veut favoriser une croissance tirée par les exportations, il faut aussi que les entreprises progressent dans la chaîne de valeur en termes de production pour lexportation et quelles veillent à ce que leurs produits répondent aux normes internationales.

Le secteur privé en Afrique reste encore relativement peu développé, mais il est en train de changer. Des individus créatifs et instruits, qui considèrent que le succès est une question de compétence et de compétitivité plutôt que de relations politiques, montent leur entreprise. De même, tout un ensemble dentreprises étrangères sont prêtes à oublier les côtés négatifs du continent pour prendre le pari dinvestir en Afrique. Ce sont des premiers éléments prometteurs. Toutefois, la formation dun secteur privé moderne et diversifié dont les pays ont besoin au XXIe siècle ne dépend pas uniquement du secteur privé lui-même, mais aussi du soutien des gouvernements africains et de leurs partenaires extérieurs.

II. Le rôle de lÉtat

Jusquà présent, très peu de pays africains ont réussi à instaurer un environnement véritablement favorable pour le secteur privé. Si de nombreux gouvernements épousent maintenant lidée dun développement tiré par le secteur privé, il nest nullement certain quils soient conscients de tout ce que cela implique ou quils soient prêts à mettre en Suvre les profondes réformes que cela exige. Sil appartient au secteur privé lui-même de prendre des initiatives, cest principalement aux autorités quil appartient de lever certains obstacles et de mettre en place un cadre daction réglementaire stable. Il va sans dire que tous les gouvernements ne sont pas confrontés aux mêmes problèmes, mais linstauration dun environnement porteur nécessite un effort permanent afin dassurer la stabilité, daméliorer la gestion de lappareil de lÉtat et de maintenir un cadre macroéconomique cohérent. Tous ces objectifs ne sont pas toujours faciles à réaliser et, dans certains cas, ils impliquent une remise en cause fondamentale de la façon dont les gouvernements conçoivent leur rôle. Certes, la Nouvelle initiative africaine atteste de la volonté politique des responsables africains de satteler sérieusement à la tâche que représente le développement du continent, mais pour obtenir des résultats il faut une volonté durable dagir.

Cadre politique, gouvernance et environnement réglementaire

La première tâche des gouvernements africains est de veiller à instaurer un climat de stabilité et de sécurité, sans lequel aucun développement économique durable nest possible. Dans le passé récent, lAfrique a souvent connu des convulsions politiques, des régimes inefficaces de parti unique et des juntes militaires. Même à lheure actuelle, les conflits violents qui secouent certains pays continuent de ternir limage du continent dans son ensemble. Les incertitudes politiques et juridiques entravent le développement du secteur privé car elles accroissent les risques et découragent les investissements productifs à long terme au profit des gains immédiats. La stabilité et la sécurité exigent des gouvernements quils respectent les droits de lhomme et les processus démocratiques, ainsi que le proclament leurs propres lois. Elles requièrent aussi des régimes politiques fondés sur linclusion, la tolérance et la participation. Si les progrès réalisés dans ces domaines sont indéniables, il nen demeure pas moins que la plupart des pays dAfrique sont encore engagés dans un processus de transition politique, et que la tâche qui les attend est lourde car il leur faudra assurer la succession politique dans des conditions pacifiques et mettre en place des institutions qui valident la primauté du droit.

Les gouvernements doivent prendre des mesures qui produisent des résultats immédiats tout en poursuivant la mise en Suvre des réformes inscrites dans le long terme. La prévisibilité, la responsabilité et la transparence de lÉtat et lapplication impartiale des principes du droit sont des composantes essentielles dun environnement porteur pour les activités du secteur privé. Pour tenter dattirer les investisseurs, plusieurs pays ont créé des agences de promotion de linvestissement, adopté un code de linvestissement et mis en place divers systèmes dincitations tels que les allègements fiscaux. Mais ces mesures ont peu de chance de donner des résultats dans un environnement caractérisé par limprévisibilité dans tous les domaines. Le cadre juridique et réglementaire en particulier est important pour protéger les personnes contre les contraintes de lÉtat et contre larbitraire et la corruption. Les entreprises locales, comme les entreprises étrangères, ont besoin dêtre assurées que leurs actifs seront en sûreté et que les obligations contractuelles seront respectées. À cet égard, les droits de propriété sont dune importance toute particulière. Dans bien des cas, il faudra veiller tout spécialement à ce que les femmes chefs dentreprise ou investisseurs bénéficient des même droits juridiques et des mêmes protections que les hommes. Des dispositifs novateurs pour établir les droits de propriété juridiques sur la terre sur la base de lusage établi pourraient permettre aux petites entreprises doffrir les garanties requises pour obtenir des prêts, ce qui leur ouvrirait laccès au crédit.

Les autorités doivent également améliorer le cadre réglementaire, lequel est souvent trop compliqué, ce qui est un facteur de confusion, de retards et de corruption. La complexité des conditions dattribution des licences, des procédures douanières, des systèmes tarifaires et des structures fiscales est monnaie courante, ce qui rend plus difficile la gestion des entreprises et alourdit leurs coûts de transaction. Les mesures tendant à réduire, rationaliser et simplifier les procédures réglementaires permettraient de faire un grand pas en avant vers linstauration dun climat porteur, favorable aux investisseurs. Mais cela ne signifie pas quil faille lâcher la bride au secteur privé. La responsabilité de lÉtat consiste plutôt à mettre en place un cadre juridique et réglementaire clairement défini et compréhensible, puis de veiller à ce quil soit appliqué de manière rigoureuse et impartiale. Lexpérience montre quune telle politique permet en général daccroître lefficacité et de réduire les possibilités de corruption. La corruption généralisée décourage les investisseurs étrangers comme les investisseurs locaux car elle restreint la concurrence et elle alourdit les coûts dexploitation des entreprises. Même si une large coalition rassemblant les autorités, le secteur privé et la société civile sont indispensables pour lutter contre la corruption, cest à lÉtat quil appartient spécifiquement de traiter les problèmes dordre réglementaire.

Dans plusieurs pays, la faiblesse des institutions publiques entrave la croissance du secteur privé. Jusquà présent, la réforme de la fonction publique a souvent porté sur la réduction de la masse salariale plutôt que sur lamélioration des normes. Bien que les contraintes budgétaires rendent la tâche difficile, pour renforcer le secteur public et améliorer ses prestations, il faudra peut-être relever le niveau des rémunérations afin de pouvoir attirer et retenir des agents hautement qualifiés et garantir leur intégrité. Il faut aussi instaurer des procédures de recrutement et de promotion transparentes, fondées sur le mérite, et offrir aux agents des possibilités de formation en cours demploi et des possibilités davancement. Certes, la décentralisation des fonctions gouvernementales peut favoriser la mise en place dune administration plus réceptive, mais la consolidation des capacités au niveau local est essentielle. Les mesures prises pour renforcer le professionnalisme du secteur public permettront non seulement daméliorer son efficacité, mais aussi dinstaurer un environnement plus positif pour les entreprises.

Cadre de la politique macroéconomique et commerciale

Tout comme linstabilité politique, lincertitude macroéconomique est un facteur dissuasif pour lactivité productrice du secteur privé. Ce constat souligne la nécessité dadopter des politiques macroéconomiques rationnelles et de maintenir un cadre macroéconomique stable et prévisible. Le problème qui se pose aux autorités est de créer un système dincitations et une structure institutionnelle qui permettent aux agents économiques dorienter linvestissement vers les entreprises et les activités productrices et compétitives. Les politiques commerciales et le régime des changes ainsi que les structures fiscales et le système tarifaire peuvent éroder sensiblement la compétitivité et la rentabilité des entreprises, tandis que les prélèvements obligatoires élevés encouragent les activités informelles plutôt que les activités formelles. La plupart des pays doivent élargir et approfondir leurs réformes économiques et structurelles, dans le cadre de priorités établies. Ces réformes permettraient daméliorer considérablement le climat des entreprises. Mais comme les pays doivent répondre aux demandes variées et parfois antinomiques de leurs partenaires internationaux pour le développement, il leur est parfois difficile de concentrer leur action sur leur propre programme de réformes.

Si les données recueillies jusquà présent font apparaître un bilan mitigé, la privatisation offre au secteur privé des possibilités dexpansion très importantes. Outre quelle permet à lÉtat de cesser dintervenir directement dans la conduite des entreprises, la privatisation envoie un signal positif fort au secteur privé, en particulier quand elle saccompagne de réformes dans les secteurs des échanges et des finances. Mais il convient de veiller à choisir les modèles les mieux adaptés. Il est également essentiel de programmer correctement les opérations de privatisation et de prendre des dispositions appropriées au plan institutionnel afin déviter de remplacer un monopole public par un monopole privé conservant des liens avec les milieux politiques, de protéger les intérêts des salariés et de fournir au secteur privé local des opportunités réelles de participer. Il faut en outre que la privatisation soit fondée sur un cadre juridique et réglementaire approprié et que les droits et responsabilités respectifs du secteur public et du secteur privé soient clairement définis et compris.

À lheure actuelle, lAfrique nentre que pour deux pour cent environ dans les échanges mondiaux et la part quelle occupe dans les exportations de produits manufacturés est encore plus modeste. Les gouvernements devraient tirer parti de laccès préférentiel au marché européen et de la récente loi des États-Unis sur la croissance et les potentialités de lAfrique pour encourager les exportations du secteur privé. Il faut aussi quils se tiennent mieux au courant des négociations commerciales internationales, quils sy préparent mieux et y participent davantage, surtout pour ce qui est de lOMC. En outre, les autorités doivent consulter plus systématiquement le secteur privé sur les questions et les négociations commerciales et linviter à y participer. Si les accords internationaux sont importants, les accords régionaux le sont aussi. Un engagement déterminé en faveur de lintégration régionale peut favoriser lexpansion des échanges transfrontières. Bien que plusieurs institutions dintégration régionales aient été créées, les progrès sont relativement lents, surtout parce que les pays nont pas pris de mesures décisives. Lharmonisation des lois et réglementations, la levée des obstacles formels et informels aux échanges transfrontières et la normalisation des procédures devraient faciliter les exportations vers les marchés régionaux, tandis que la formation de vastes marchés intégrés devrait constituer un élément positif de plus pour les investisseurs étrangers.

Les zones franches dexportation

Pour inciter les investisseurs étrangers à créer des industries à vocation essentiellement exportatrice, certains pays ont eu recours au concept de la zone franche dexportation (ZFE), qui permet aux entreprises dimporter des biens intermédiaires en franchise de droit de douane et leur fournit les installations et les services dont elles ont besoin. Les principaux avantages quen attend le pays daccueil sont liés à lemploi et, à terme, aux transferts de technologie et de savoir-faire. En Afrique, Maurice et la Tunisie en sont les exemples les plus accomplis. Toutefois, les ZFE nont pas toujours répondu aux attentes. Dans certains cas, les recettes en devises ne se sont pas matérialisées et, dans dautres, les interférences de lÉtat et le manque de services compétitifs ont entravé le fonctionnement des entreprises.

Ressources humaines, infrastructure et intermédiation financière

Lexistence dun réservoir de main-dSuvre susceptible dêtre formée et le coût de cette main-dSuvre sont lun des principaux déterminants de la compétitivité et de la productivité. Dans plusieurs pays, les lois et règlements du travail sont devenus des éléments dissuasifs pour les entreprises privées, étrangères ou locales. Il va sans dire que les pays africains doivent maintenir des normes minimums et protéger les droits des travailleurs, mais le bas niveau des coûts du travail leur donne un avantage comparatif, quils doivent exploiter. Si le secteur privé a les moyens de former des éléments qualifiés et sil doit apporter sa contribution dans ce domaine, cest à lÉtat quil appartient de fournir des services déducation de base. Il nest nul pays au monde qui ait enregistré des progrès économiques soutenus sans un taux dalphabétisme nettement supérieur à cinquante pour cent. Dans les pays africains, il faut une action concertée pour accroître les taux de scolarisation et améliorer la qualité de lenseignement. Il est impératif de veiller à la scolarisation des filles. Les systèmes actuels déducation ne sont pas toujours adaptés aux besoins des entreprises privées, et ils ne cherchent pas non plus à promouvoir linnovation et la créativité qui sont à la base de lesprit dentreprise. Les pays africains sont confrontés à un dilemme en ce sens quils doivent choisir de consacrer les ressources de léducation au cycle primaire ou au cycle universitaire. Un meilleur accès à lenseignement primaire permettrait douvrir plus largement les portes de lenseignement aux pauvres, mais ce sont les universités qui fournissent les qualifications et les compétences indispensables au développement.

Pour développer la base des ressources humaines, il faut se préoccuper de la santé aussi bien que de léducation. Alors que lAfrique a déjà du mal à fournir des soins de santé de base, la pandémie du VIH/SIDA vient encore compliquer la tâche des autorités par les pressions excessives quelle exerce sur les ressources dans la plupart des pays. Il faut tenir compte des effets de cette pandémie sur le long terme. Non seulement, elle pèse lourdement sur les budgets des soins de santé déjà soumis à des tensions extrêmes, mais en outre elle va réduire le potentiel économique des pays. Les gouvernements et le secteur privé doivent tenir compte de limpact du VIH/SIDA, tant au plan des pertes de main-dSuvre quil implique que du coût du traitement aux employés.

Linsuffisance des équipements dinfrastructure alourdit les coûts de transaction et rend la gestion des entreprises plus difficile dans beaucoup de pays dAfrique. Tant que la fourniture des équipements physiques et de linfrastructure des communications ne sera pas améliorée, et que les coûts ne seront pas réduits de façon radicale, le secteur privé aura du mal à renforcer sa compétitivité face à la concurrence mondiale. En Afrique, les coûts de transports sont plus élevés que dans toute autre région. Certes, la situation varie dun pays à lautre, mais le continent est généralement très sous-équipé pour ce qui est des réseaux de transports, des communications et des services dutilité publique. Du fait de lemprise totale de lÉtat sur le financement de linfrastructure et la fourniture de services dinfrastructure, les investissements sont insuffisants, la gestion laisse à désirer et le coût des services est élevé. Les pays qui ont été aux prises avec de longs conflits sont en plus confrontés à la lourde tâche de remettre en état des équipements détruits. Il faut bien sûr améliorer toutes les infrastructures, mais il est également indispensable délargir laccès aux technologies des communications dans des conditions abordables si les pays africains veulent pouvoir profiter de la toute jeune économie mondiale du savoir et de linformation et sy intégrer.

Le développement du secteur financier est un élément indispensable de la stratégie de croissance de lAfrique. Les possibilités daccès aux sources de financement, et la quantité, la qualité et le coût des financements sont presque aussi importants que linfrastructure physique pour le secteur privé. Toutefois, les systèmes financiers ont encore une assise peu solide, les marchés des capitaux sont assez rudimentaires et les appels massifs de lÉtat au système bancaire ont en général pour effet den évincer le secteur privé. Dans la plupart des pays, le crédit au secteur privé est donc à la fois modeste et coûteux. Les gouvernements sont confrontés à une véritable gageure, car il leur faut restructurer le système bancaire de façon à minimiser les coûts pour les contribuables, réduire la probabilité des crises et mettre en place des établissements bancaires et des institutions financières non bancaires solides et compétitives. La libéralisation du secteur financier doit saccompagner de mesures visant à en améliorer la gestion, notamment par la mise en place dun dispositif solide de surveillance et de réglementation fondé sur les principes prudentiels. Des mesures particulières devront éventuellement être prises pour faire en sorte que les femmes chefs dentreprise aient dégales possibilités daccès aux mécanismes de crédit. Ladoption dune approche régionale en matière de développement du secteur financier, approche qui viserait à harmoniser les politiques monétaires et macroéconomiques et à encourager la création de marchés des capitaux régionaux, favoriserait grandement le développement des échanges régionaux en augmentant la concurrence, en diminuant les coûts et en réduisant les risques pour le secteur privé.

III. Les responsabilités du secteur privé

Malgré les progrès récents, les taux de croissance économique des pays africains ne sont pas suffisamment élevés pour avoir une incidence substantielle sur la pauvreté. Il faut des niveaux dinvestissement bien plus importants pour stimuler la croissance. Pour cela, il faut que le secteur privé prenne des initiatives et joue un rôle actif. Outre quil crée des emplois, le secteur privé finance directement des activités de formation et damélioration des compétences, et cest aussi le principal lien avec léconomie mondiale via les échanges extérieurs. En outre, un environnement compétitif dans le secteur des entreprises peut faire baisser le prix des biens et des services utilisés par les consommateurs, ce qui les rendrait plus abordables pour les groupes à faible revenu. Si les économies du continent restent sous développées, cest en partie parce quil nexiste pas de secteur privé important et diversifié, familiarisé avec les techniques modernes de gestion des entreprises et animé de lesprit dentreprise.

Un secteur privé entreprenant

Les entreprises privées doivent prendre en main leur propre développement, sefforcer daccroître leur productivité et daméliorer leur compétitivité, appliquer les normes appropriées en matière de gestion et se conduire en entreprises citoyennes. Elles doivent aussi tirer parti des possibilités offertes par la privatisation. La présence de lÉtat dans léconomie reste très importante, même si la valeur totale de la privatisation avait atteint plus de six milliards de dollars pour lAfrique subsaharienne à la fin des années 90. À linverse des microentreprises et des PME qui fournissent habituellement des produits bien connus pour répondre à la demande du voisinage ou à une demande supplémentaire, les moyennes et grandes entreprises mieux organisées devront peut-être adopter une stratégie plus systématique pour la mise au point de produits et de services. Celles qui projettent de fournir le marché dexportation régional ou mondial en particulier doivent avoir une idée précise de la nature de la concurrence, des normes de qualité à respecter et des impératifs que sont la fiabilité et lefficacité des livraisons.

Le savoir apparaît de plus en plus comme lune des clés les plus importantes dune croissance soutenue, tant pour les entreprises considérées individuellement que pour léconomie dun pays dans son ensemble. Pour pouvoir être compétitives et le rester, les entreprises doivent produire du savoir ou, sinon, avoir accès au savoir produit ailleurs. Acquérir le droit de produire et de distribuer un produit de marque international (ou national) parfois dans le cadre du franchisage ou dune production sous licence présente lavantage dassocier une entreprise avec une marque éprouvée et facilement reconnaissable. Mais ces arrangements peuvent aussi avoir des inconvénients, en particulier en ce quils peuvent être assortis de restrictions quant à la zone couverte pour la commercialisation du produit et à lobligation de ne pas vendre de marques concurrentes.

Souvent, les entreprises ont des idées novatrices quelles ne peuvent concrétiser en produits ou services commercialisables parce quelles ont du mal à obtenir les ressources nécessaires pour financer leurs investissements et leurs fonds de roulement. Dans beaucoup de pays, létroitesse et le manque de profondeur de linfrastructure financière demeurent un problème, mais cest une difficulté que le secteur privé lui-même peut aider à surmonter. Il va de soi que la politique générale du secteur, le contexte institutionnel et les moyens mis à disposition de la banque centrale pour exercer en toute indépendance sa mission de surveillance jouent un rôle important en encourageant et en facilitant le développement du secteur financier formel. Mais, dans ce cadre général, le secteur privé pourrait créer et gérer des banques et dautres intermédiaires financiers, notamment des caisses dépargne, des compagnies dassurance, des fonds de pension et des fonds de capital-risque, et des bourses de valeurs mobilières autant dinstitutions qui permettent de mobiliser lépargne intérieure et de lorienter vers dautres entreprises par le biais du crédit.

Un secteur financier développé, assorti dun cadre daction réglementaire libéral et crédible, peut contribuer à attirer un volume important de capitaux dinvestissement extérieurs, et même inciter les capitaux expatriés à rentrer. Toutefois, pour la plupart des pays, la solution pratique et réalisable sur le moyen terme consiste à renforcer les banques commerciales à capitaux privés. Même si les choses sont en train de changer avec la privatisation, les banques commerciales contrôlées par lÉtat restent la norme dans plusieurs pays africains. Par ailleurs, les banques commerciales, quelles soient privées ou publiques, continuent daffecter une proportion non négligeable de leurs fonds prêtables à lachat de bons du Trésor au lieu de distribuer du crédit aux entreprises. Le développement des PME et des microentreprises en particulier est entravé par linsuffisance des financements accordés par les banques. Du côté des fonds propres aussi, cest le secteur privé qui sera probablement la principale source de capitaux. Certes, il est possible de lever des fonds par des ventes directes dactions à des particuliers et des entreprises, mais ni les marchés boursiers ni les marchés du capital-risque qui sont deux sources courantes de financement ailleurs ne sont bien développées en Afrique.

Les sources extérieures privées de financement proviennent des investissements étrangers directs (IED), des investissements de portefeuille (qui transitent par les marchés boursiers), et des emprunts auprès dinstitutions de crédit et de fournisseurs étrangers. Ces deux dernières sources peuvent être lourdes à gérer et même conduire à des crises financières, en particulier dans les économies qui ont libéralisé prématurément leur système financier, sans prendre les mesures qui simposent pour renforcer la surveillance et la réglementation du secteur. À linverse, les IED effectués dans les entreprises ne sont pas générateurs de dette et ils présentent en général dautres avantages tels que laccès à la technologie, au savoir-faire en matière de gestion, et à des marchés établis. Il y a toutefois des cas où IED et emprunts extérieurs sont liés au sein dune transaction globale. De plus, un marché relativement bien développé pour les instruments de portefeuille peut servir de circuit de « sortie » crédible pour la cession éventuelle des avoirs des IED.

Améliorer la productivité et la compétitivité

Sur le long terme, la rentabilité et la viabilité des entreprises dépendent de leur capacité à améliorer continûment leur productivité et à élargir leurs marchés. Dans le secteur manufacturier et les autres activités de transformation, le choix du matériel et de la technologie est un déterminant important de la productivité globale de lentreprise. La main-dSuvre est un facteur tout aussi important, voire plus en particulier les programmes de formation générale et spécialisée auxquels les salariés ont participé pour améliorer leurs qualifications. Pour la rentabilité et la compétitivité des entreprises, il est dune importance cruciale que le niveau de salaires soit étroitement lié à la productivité du travail.

Celle-ci est un déterminant majeur de la compétitivité, et la viabilité des entreprises axées sur lexportation en particulier est étroitement liée à leur compétitivité. Les multiples et coûteuses chaînes de commercialisation et de manutention pèsent sur la compétitivité et les profits des producteurs et des exportateurs africains. À mesure que les entreprises basées en Afrique sefforceront de prendre pied et de simplanter sur les marchés dexportation et de progresser dans la chaîne de valeur, elles vont probablement se trouver face à des clients plus exigeants, disposés à payer davantage pour un produit donné, mais plus pointilleux sur les normes de service et de qualité. Cest vrai non seulement pour les industries qui produisent pour lexportation, mais aussi pour dautres industries de service qui rapportent des devises telles que le tourisme. Pour conserver leur avantage concurrentiel, les exportateurs doivent connaître leurs clients et leurs concurrents. Les organisations professionnelles du secteur privé en Afrique doivent prendre davantage dinitiatives pour acquérir les connaissances spécialisées de la concurrence, en particulier pour ce qui est de la compétitivité-coût, de la différenciation des produits et de la pénétration du marché.

Avec la libéralisation des tarifs douaniers, même les entreprises qui servent surtout le marché intérieur seront confrontées à la rude concurrence des importations meilleur marché. Pour les entreprises qui ont lambition dopérer sur les marchés régionaux et les marchés mondiaux ou détendre leurs activités à ces marchés, limpératif de la compétitivité sera encore plus contraignant. Les liens tissés avec des firmes étrangères via les IED, des arrangements contractuels pour lacquisition du savoir-faire, ou par le biais des relations stratégiques de commercialisation peuvent aider les entreprises à améliorer leur compétitivité. En effet, sils sont correctement négociés, ces arrangements assurent laccès à la technologie et au savoir-faire en matière de gestion et de commercialisation. Il va de soi que les qualifications, les connaissances et lexpérience de la main-dSuvre et des dirigeants de lentreprise, le cadre daction réglementaire et le cadre institutionnel, lexistence et le coût des matières premières et dautres moyens de production, et la densité et lefficacité des réseaux dinfrastructure ont également une incidence importante sur la compétitivité.

Il serait certes normal que les entreprises, en particulier celles qui travaillent dans le secteur de lexportation, basent au départ leurs activités sur une main-dSuvre à faible coût et laccès aux matières premières locales, mais elles ne peuvent longtemps conserver un avantage comparatif fondé uniquement sur la « compétitivité statique », liées à la dotation en ressources naturelles. Il leur faut construire une « compétitivité dynamique », fondée sur la formation et lamélioration des compétences, et sur lacquisition dune technologie et dun savoir-faire modernes. Pour rester compétitifs, les exportateurs basés en Afrique doivent progresser dans la chaîne des valeurs en poussant plus avant la transformation des produits et en ajoutant de la valeur aux matières premières quils exportent telles quelles jusquà présent, et accorder une place croissante aux exportations de produits manufacturés. Des liens extérieurs solides peuvent jouer un rôle décisif dans cette valorisation technologique et la progression vers des exportations de produits de valeur élevée.

Comme indiqué plus haut, le manque ou linsuffisance des équipements dinfrastructure indispensables pèse aussi sur la compétitivité des entreprises africaines. Dans la plupart des pays, lÉtat était traditionnellement le seul fournisseur de services dinfrastructure, mais nombre de ses services sont désormais entièrement ou partiellement privatisés, et la participation des entreprises privées dans le secteur est importante et continue daugmenter, en particulier dans certains branches dactivité telles que les télécommunications. La participation du secteur privé revêt des formes variées, allant dun contrôle total du capital accompagné dune gestion indépendante (cest en particulier le cas dans les télécommunications et de plus en plus dans la distribution délectricité) aux contrats de gestion (ports), en passant par le système de construction-exploitation-transfert (routes), les contrats de concession (chemins de fer) et la prise de participation au capital (compagnies aériennes). Le secteur privé lui-même peut contribuer à solutionner le problème posé par linsuffisance et linefficacité des infrastructures au lieu den être la victime passive. Mais, quelles que soient la forme et limportance de la participation du secteur privé, il faut un cadre réglementaire solide, transparent et efficace pour assurer une tarification équitable et une bonne organisation des services.

Gouvernement dentreprise et partenariats interentreprises

La qualité des pratiques et des normes commerciales appliquées par les entreprises privées sont essentielles pour garantir leur intégrité et assurer leur viabilité et leur développement sur le long terme. Si de nombreux éléments concourent à la qualité des pratiques commerciales, le gouvernement dentreprise et le concept dentreprise citoyenne sont dune importance cruciale pour la protection des droits et intérêts de ceux qui sont les plus directement concernés par les résultats de lentreprise. La bonne gestion de lentreprise, tout comme la bonne gestion des affaires de lÉtat, est fondée sur la responsabilité et la transparence. Elle suppose ladoption et lapplication dun ensemble de lois et règlements régissant lentreprise, la tenue de registres publics des actionnaires, des audits externes indépendants et la protection des droits des actionnaires. À mesure que les entreprises se développent pour passer du statut dentités unipersonnelles et de PME à celui de sociétés plus structurées avec des actionnaires plus nombreux, linstitutionnalisation et la mise en Suvre du gouvernement dentreprise deviennent plus nécessaires. Les bonnes pratiques commerciales contribuent aussi à renforcer la confiance du public dans le secteur privé. Si, dans une certaine mesure, le secteur privé est encore considéré avec suspicion dans plusieurs pays africains, cela tient en partie au fait que la gestion des entreprises dans le passé a laissé à désirer.

Lentreprise citoyenne est une entreprise attentive aux intérêts de ceux sur qui elle exerce une influence de par ses activités, le groupe le plus manifestement concerné parmi ces parties prenantes étant ses propres salariés. Il est possible de renforcer lintérêt commun que les dirigeants et les salariés ont dans la survie et la prospérité de lentreprise par divers mécanismes de consultation. Les consommateurs sont un autre groupe important dacteurs dont les entreprises doivent se soucier. Les consommateurs attachent beaucoup dimportance au respect des normes de qualité et de sécurité des produits, ainsi quà leur prix. Les villes et localités où simplantent les entreprises ont tout intérêt à ce quelles prospèrent. Limpact que peut avoir lexploitation dune entreprise sur lenvironnement intéresse le corps social dans son ensemble, ainsi que la population du lieu où sont situées les installations de production. Il va sans dire que lentreprise citoyenne est une entreprise qui refuse la corruption, évite les pratiques anticoncurrentielles et se conforme de manière générale à la règle de droit. De plus en plus, lentreprise citoyenne apporte aussi son appui aux programmes de développement économique et social.

Il existe de multiples possibilités détablir et de promouvoir des liens, des réseaux et des associations entre entreprises. Ces arrangements de collaboration incluent entre autres les relations « verticales » entre fournisseurs et clients. Dans ce contexte, les relations prennent de plus en plus la forme dune « intégration verticale » pour les principaux éléments de la chaîne de loffre. Les multinationales sont généralement engagées dans ce genre dactivités verticalement intégrées, et les prix de cession entre les entités situées à laval et à lamont de leurs vastes opérations sont un problème complexe, qui soulève des controverses. Les entreprises basées en Afrique pourraient tirer avantage de létablissement de relations verticales avec des partenaires étrangers bien établis. De même, les liaisons qui sétablissent lorsque des PME fournissent des biens intermédiaires à de grandes firmes de production peuvent favoriser la croissance et le développement de ces petites entreprises. Les « associations horizontales » peuvent faciliter les activités de recherche en collaboration, et elles permettent aussi aux entreprises et aux PME en particulier de se grouper pour les achats de biens intermédiaires et pour la commercialisation de leurs produits. La fourniture des biens intermédiaires et la commercialisation des produits peuvent aussi être gérées par une société de commerce distincte organisée pour le faire. En particulier, lorsque les biens intermédiaires clés proviennent de létranger et que la production est elle aussi destinée à lexportation, ces sociétés de commerce peuvent fournir des services spécialisés dimportance vitale aux PME et même aux grandes entreprises.

Les types classiques dassociations professionnelles, et spécialement les chambres de commerce remplissent de nombreuses fonctions et elles servent en particulier à établir des liens entre les hommes daffaires et leurs homologues étrangers. Elles représentent aussi les intérêts des entreprises devant les organismes publics. Elles peuvent être utilisées pour monter des programmes de formation et damélioration des compétences, ainsi que pour organiser des foires-expositions. Trop souvent dans le passé, le clientélisme politique et les interférences de lÉtat ont érodé la contribution positive de ces associations. La création des réseaux dentreprises a révolutionné la conduite des affaires dans la plupart des régions du monde. Les réseaux issus de linitiative privée ne sont pas bridés par les limitations quimposent des structures formelles, qui visent à réglementer la coopération économique. Cette flexibilité laisse aux participants du secteur privé une plus grande latitude pour adapter le mode de fonctionnement des réseaux dentreprises en fonction de leurs besoins. Le Réseau de lentreprise en Afrique de lOuest en est un exemple, et la création de réseaux similaires en Afrique de lEst et en Afrique australe a débouché sur la constitution dune organisation qui chapeaute lensemble des réseaux et qui a pris le nom de Réseau de lentreprise en Afrique. La participation étrangère, le commerce avec létranger et linvestissement étranger ne signifient pas nécessairement une participation, des échanges et des investissements non africains. Que ce soit sur une base régionale ou une base bilatérale pragmatique, la coopération entre les entreprises privées de différents pays africains peut être bénéfique pour les uns et pour les autres.

IV. Laide des partenaires extérieurs

Les partenaires extérieurs peuvent jouer un rôle non négligeable en faveur du secteur privé, en lui apportant une assistance et par ailleurs en augmentant laide publique au développement et en ouvrant leurs marchés aux exportations africaines. Quant aux partenaires pour le développement, le soutien quils peuvent apporter au secteur privé est lié à leur contribution potentielle à la croissance économique et à la réduction de la pauvreté. Toutefois, les partenaires bilatéraux sont soucieux aussi douvrir de nouveaux marchés et délargir les opportunités de marché offertes à leur propre secteur privé ; dautre part, ils souhaitent également décourager et limiter autant que faire se peut «les migrations économiques». Les investisseurs privés étrangers sont bien sûr sensibles aux incitations, mais ils sont surtout à la recherche de marchés qui leur permettent détendre leurs activités dans de bonnes conditions de rentabilité, à condition que le risque soit gérable. Si les investissements privés étrangers sont faibles en Afrique, cest entre autres parce que les investisseurs considèrent que les risques lemportent sur le rendement potentiel.

Au début des années 1990s, les entrées de capitaux privés dans les pays en développement ont dépassé les fonds daide publique au développement et leur sont depuis lors plusieurs fois supérieurs. Toutefois quatre-vingt-quinze pour cent des IED se sont concentrés sur dix pays seulement, situés pour la plupart dans les économies émergentes dAsie. LAfrique nen a attiré quune faible proportion, et la plus grande partie sest orientée vers les pays producteurs de pétrole. Il est manifeste que le continent doit faire des efforts bien plus importants pour attirer les capitaux privés, compte tenu en particulier du recul de laide publique au développement.

Laide au développement

Si, dans le passé, les partenaires de lAfrique pour le développement ne se sont pas particulièrement préoccupés du secteur privé, aujourdhui ils peuvent contribuer de façon notable à son expansion en aidant les gouvernements à améliorer le climat global de lactivité des entreprises privées. Dans beaucoup de pays, les organismes daide au développement financent déjà des programmes visant à améliorer la prévisibilité de laction gouvernementale, conforter la prééminence du droit, lutter contre la corruption et renforcer les institutions publiques. Si ces programmes sont conçus et exécutés dans le souci daider le secteur privé, ils peuvent tous contribuer à lui faciliter la tâche. Lassistance peut aussi viser à lever des obstacles déterminés, en réduisant par exemple la complexité des procédures et des réglementations. Certes, à la longue, lamélioration de la gouvernance aura des effets positifs pour le secteur privé mais lattention portée à des questions spécifiques telles que la protection des droits de propriété, lélaboration dun droit des obligations et ladoption de codes dinvestissement, permettra dobtenir des résultats plus importants dans limmédiat. Il en est de même pour laide apportée dans le domaine des réformes fiscales et tarifaires ou de la privatisation.

Il existe tout un ensemble dinstruments permettant dorienter lassistance vers le secteur privé. Citons en particulier les mécanismes institués par la Commission européenne dans le cadre de lAccord de Cotonou, le Groupe de la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, et les organes dinvestissement de nombreux partenaires bilatéraux. Par ailleurs, la plupart des organismes daide au développement financent déjà des programmes destinés à soutenir les microentreprises et les PME. Dans la mesure où ces programmes favorisent ladoption de pratiques commerciales rationnelles et où ils permettent aussi aux dirigeants des petites entités dacquérir du savoir-faire en matière de gestion et des compétences techniques, ils peuvent être très utiles. Toutefois, les programmes concernant les PME sont souvent des programmes de courte durée, qui manquent de cohérence. Ils seraient plus efficaces sils sinscrivaient dans le cadre dune stratégie intégrée et, plus encore, dans le cadre dune action concertée.

Les partenaires pour le développement pourraient aussi centrer leur action sur des groupes déterminés dentrepreneurs, tels que les femmes, afin de les aider à acquérir le savoir-faire et les ressources qui leur manquent. Plusieurs organes de développement gèrent des programmes de formation importants, qui peuvent aider les opérateurs du secteur privé à acquérir tout un ensemble de compétences et de qualifications, ainsi que de la pratique. Certains programmes de formation destinés aux microentreprises et financés par ressources externes connaissent un très grand succès et ils pourraient peut-être être élargis. Comme beaucoup de ceux qui dirigent des microentreprises et des petites entreprises opèrent dans le secteur informel, ces programmes pourraient aussi faciliter leur passage dans le secteur organisé et leur intégration dans léconomie formelle. Compte tenu de limportance de la nouvelle technologie de linformation et de la communication pour la compétitivité et lintégration effective dans léconomie mondiale, lassistance destinée à élargir les possibilités daccès à ces technologies et à renforcer les capacités dans ce domaine pourrait contribuer à améliorer la compétitivité des chefs dentreprise africains.

Laccès à des sources de financement abordables étant lune des contraintes majeures à lexpansion du secteur privé à tous les niveaux, le développement du domaine financier et la fourniture de fonds pour des activités déterminées pourraient aider le secteur privé. Les banques financées par des bailleurs de fonds extérieurs, qui accordent aux petites entreprises des prêts aux conditions du marché pour financer le capital de départ et les fonds de roulement semblent bénéficier dun énorme succès. Une fois établies, ces banques peuvent devenir financièrement autonomes et fonctionner comme de véritables institutions financières servant un marché déterminé. Les gouvernements des pays partenaires et les institutions internationales peuvent aussi promouvoir et soutenir les investissements étrangers en Afrique en fournissant des garanties pour protéger les investissements contre les risques non commerciaux. Ces garanties peuvent couvrir les risques politiques liés à des transactions financières, des accords commerciaux et des investissements directs spécifiques dans les pays africains, risques que les institutions financières commerciales ne sont pas disposées à prendre. Ce sont des mécanismes et des dispositions couramment utilisés pour les transactions commerciales dans dautres régions du monde, mais beaucoup moins en Afrique et qui doivent y être encouragés et soutenus. Si les organismes daide au développement faisaient plus souvent appel aux entreprises privées, celles-ci auraient davantage de possibilités dexploiter les opportunités de marché qui se présentent en Afrique.

LAMGI et la PROPARCO joignent leurs efforts pour promouvoir les investissements privés

Créée en 1977 comme un élément clé de laide au développement outre-mer de la France, la Société de promotion et de participation pour la coopération économique (PROPARCO) a pour objet dencourager linvestissement privé afin de contribuer à renforcer les économies et à promouvoir un développement durable. La majorité du capital de la société appartient à lAgence française de développement (AFD), le reste étant partagé entre 41 actionnaires privés. La PROPARCO intervient de diverses manières, elle finance des fonds propres, des quasi-fonds propres, des garanties de prêt et fournit toute une série dautres services.

En juillet 2001, lAgence multilatérale de garantie des investissements (AMGI), qui fait partie du Groupe de la Banque mondiale, et la PROPARCO ont signé un accord qui permettra aux deux institutions dagir de concert pour identifier des projets susceptibles de bénéficier de leurs garanties, leur action étant centrée en particulier sur les petites et moyennes entreprises et sur les grands projets dans les secteurs de linfrastructure, des mines et de lindustrie. Les agences assureront et réassureront conjointement leurs projets respectifs. Cet accord devrait permettre aux deux institutions délargir leur portefeuille, en particulier en Afrique.

Source: PROPARCO et AMGI.

Un soutien approprié aux initiatives axées sur lintégration régionale en général, ainsi quà des plans daction spécifiques telles que lharmonisation des législations, la suppression des obstacles tarifaires et la rationalisation des procédures douanières, serait de nature à aider les entreprises qui travaillent pour lexportation et à améliorer les conditions dune croissance tirée par les exportations. De même, lassistance fournie pour aider les gouvernements et les entreprises privées dAfrique à se familiariser avec les règles et les prescriptions de lOMC peut leur permettre de participer de façon plus efficace aux négociations commerciales. Un appui pourrait également être apporté dans divers domaines pour renforcer la capacité des dirigeants et des entrepreneurs africains à traiter dans de meilleures conditions avec les investisseurs étrangers, qui, dans la plupart des cas, ont des ressources plus importantes et des connaissances plus étendues que leurs interlocuteurs.

Toutefois, les partenaires de lAfrique pour le développement pourraient être plus cohérents et plus constants dans leur approche générale à légard des pays africains. Si beaucoup dentre eux encouragent le développement du secteur privé et lui fournissent une assistance, ils pourraient aussi élargir encore laccès des produits africains à leurs marchés et aider les exportateurs africains à exploiter les opportunités de marché actuelles. Il est peu raisonnable de leur part dinviter, les pays africains à libéraliser leurs économies et à promouvoir le secteur privé quand eux mêmes mènent des politiques commerciales protectionnistes. De fait, un plus grand accès aux marchés a un impact positif sur les gains dexportations des pays et simultanément renforce le secteur prive lui-même. Lamélioration de laccès aux marchés ne consiste pas seulement à éliminer les obstacles tarifaires et non tarifaires. Il faut aussi supprimer les subventions publiques aux producteurs et aux exportateurs nationaux qui faussent la concurrence et pénalisent les producteurs africains.

Linvestissement privé étranger

Dans le passé (et cest encore vrai aujourdhui dans une certaine mesure), les investissements effectués dans la plupart des pays africains étaient essentiellement axés sur loffre et ils servaient à garantir lapprovisionnement des pays développés en matières premières. Si ces investissements ont fourni des emplois et une source importante de revenus pour les pays africains, ils nont permis de créer que peu dindustries manufacturières ou dactivités auxiliaires et peu de services. Les investissements étrangers de ce type avaient peu de connections avec les activités locales et étaient gérés comme des enclave étrangères. Leurs pratiques ont contribué à donner une impression peu favorable du secteur privé étranger dans beaucoup de pays africains.

Mais si linvestissement étranger est correctement géré et exploité, il peut contribuer largement à promouvoir les économies nationales en créant des emplois, en stimulant les entreprises locales et en améliorant les compétences. Linvestissement direct, les coentreprises et les contrats de gestion entre les entreprises locales et des experts étrangers sont autant de possibilités offertes aux dirigeants et aux cadres des entreprises locales daméliorer leurs compétences et dacquérir de la pratique. À lheure actuelle, les entreprises étrangères peuvent en particulier contribuer à combler la « fracture numérique » qui sépare les pays africains des pays économiquement plus avancés et qui pénalise les entreprises africaines. Une collaboration bien établie peut aider les firmes africaines à exploiter les nouvelles technologies, qui leur permettent non seulement de se relier aux clients et aux marchés, mais qui peuvent aussi réduire les coûts de production et de commercialisation.

Les investisseurs étrangers peuvent aussi soutenir le développement du secteur privé africain par des moyens indirects. Les chambres de commerce jumelées soccupent des intérêts commerciaux de leurs membres, mais elles visent aussi de façon plus générale à promouvoir les investissements mutuels et le commerce dans leur pays dorigine. La SANEC (voire encadré) est un exemple de ce type de collaboration. Parmi les autres structures organisées qui groupent des entreprises dAfrique et dautres pays, citons les associations dimportateurs ou dexportateurs, les partenariats privé-privé dans des branches dactivité déterminées et les réseaux dentreprises.

La SANEC : la Chambre de commerce dAfrique du Sud et des Pays-Bas

La Chambre de commerce dAfrique du Sud et des Pays-Bas (SANEC), qui a été créée en 1992 par ses membres fondateurs, a pour mission de promouvoir les échanges et les investissements sur une base bilatérale.
Son objectif est de favoriser les relations commerciales entre lAfrique du Sud et les Pays-Bas afin de resserrer les liens économiques et de promouvoir la compréhension mutuelle dans lintérêt des deux pays.
Plus précisément, la SANEC vise à stimuler le développement des exportations, des importations, des services aux entreprises du tourisme et des investissements en étroite coopération avec ses membres et ses clients et avec leur appui. Son fonctionnement est régi par des principes commerciaux.

La SANEC a également pour but de promouvoir lAfrique du Sud en tant que tremplin pour les compagnies néerlandaises en Afrique subsaharienne, les Pays-Bas servant de leur côté de point dentrée pour les entreprises sud-africaines désireuses de prendre pied sur le marché de la communauté européenne.
Source : SANEC.

Comme leurs homologues locaux, les investisseurs étrangers peuvent contribuer de façon importante au développement des pays africains sils tiennent compte des intérêts des communautés locales et sils incluent des programmes sociaux dans leurs activités. Dans la pratique, cest la politique adoptée par un nombre croissant dentreprises étrangères, conscientes du fait que si lentreprise privée doit réaliser un profit, il est également important quelle soit acceptée par les communautés locales. Les entreprises étrangères doivent à lévidence appliquer les normes fixées par la convention de lOCDE sur la lutte contre la corruption dans les transactions commerciales internationales. Sil appartient aux gouvernements de faire appliquer la convention, les codes de conduite et les politiques anti-corruption volontairement adoptés contribuent aussi à établir de nouvelles normes en matière de pratiques commerciales internationales.

Pour beaucoup de pays africains, les prêts extérieurs qui leur ont été consentis dans le passé sont à la fois un bienfait et un fardeau. Sur le court terme, ces prêts ont permis dimporter des biens déquipement et des biens de consommation indispensables, mais sur le long terme, ils ont souvent posé des problèmes lorsque les projets ont avorté, lorsque largent a été employé à dautres fins ou a été gaspillé, ou lorsque les exportations nont pas procuré des recettes en devises suffisantes pour financer le remboursement des prêts. Il est peu probable que les prêts extérieurs consentis par les sources commerciales (notamment les crédits à lexportation) gagnent en importance dans la plupart des pays africains tant que le poids de leur dette restera aussi lourd quà présent. Dans nombre de cas, la charge de la dette contribue à éroder encore la solvabilité des pays. Ce facteur a un effet dissuasif sur les sources extérieures de capitaux, en particulier pour les prises de participation et les crédits commerciaux.

Conclusion

Il existe incontestablement des opportunités de marché pour le secteur privé en Afrique, et il est manifeste que le climat des affaires change dans la plupart des pays. Mais il reste beaucoup à faire, et une action concertée de la part de tous les acteurs est nécessaire. Les gouvernements africains doivent adopter des politiques favorables aux entreprises, axées sur la facilitation plutôt que sur le contrôle. Quant au secteur privé africain, il doit prendre les devants et saisir les nouvelles possibilités quoffrent les réformes économiques et politiques. La collaboration État-secteur privé peut être très profitable, par exemple dans les domaines de linfrastructure, de léducation et de la formation professionnelle. Reconnaissant limportance dun dialogue plus nourri, plusieurs pays africains mettent en place des structures déchanges entre les pouvoirs publics et les entreprises, structures basées sur lexpérience de lAsie de lEst et qui incluent dans certains cas les syndicats. Sils sont fondés sur les principes de louverture et de la responsabilité, ces mécanismes y compris les conseils dinvestisseurs peuvent réellement contribuer à instaurer un cadre daction réglementaire favorable à lentreprise et à améliorer les relations entre lÉtat et les entreprises.

Les partenaires officiels de lAfrique pour le développement sont de plus en plus convaincus que le secteur privé doit être un acteur à part entière dans la lutte contre la pauvreté sur le continent. Leurs programmes daide peuvent améliorer le climat des affaires et soutenir directement lexpansion du secteur privé. Ils peuvent aussi mettre en place des systèmes dincitations pour encourager leurs propres entreprises à investir en Afrique. Celles-ci peuvent manifestement avoir un impact extrêmement important, via les investissements quelles effectuent, le savoir-faire quelles apportent et les opportunités quelles fournissent. Mais elles ne vont pas investir simplement parce quon le leur demande. Il faut les convaincre que lAfrique change et que les changements sont réels.

La CMA est convaincue que la lutte contre la pauvreté en Afrique est un impératif, et elle reconnaît limportance primordiale du secteur privé pour parvenir à la croissance durable et largement répartie quimplique cet objectif. Cest pour cette raison que le thème retenu pour lassemblée plénière de la CMA en octobre 2001 à Gaborone, est le secteur privé et le développement en Afrique. En réunissant les représentants des gouvernements africains, de leurs partenaires pour le développement et du secteur privé dAfrique et des pays étrangers, la séance plénière offre à ces divers acteurs loccasion dengager un dialogue ouvert sur la façon dont ils peuvent Suvrer individuellement et collectivement pour surmonter les obstacles et pour promouvoir et soutenir lexpansion du secteur privé. La CMA est elle aussi déterminée à soutenir le développement du secteur privé et la Nouvelle initiative africaine au fur et à mesure quelle est mise en oeuvre. Les objectifs de la NIA ne peuvent être exécutés par les seuls gouvernements. Un partenariat avec le secteur privé et la société civile ainsi que le soutien de la communauté internationale seront indispensables. Dans plusieurs domaines dactivités mis en oeuvre par lInitiative agriculture, exportations, nouvelles technologiques et linformation et infrastructures le secteur privé peut en réalité jouer un rôle moteur. Parallèlement, la mise en oeuvre dautres aspects de lInitiative gouvernance et coopération régionale et intégration économique doit améliorer lenvironnement politique en faveur du secteur privé.


 

 

 
   
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